Mercredi 18 février 2004 — Dernier ajout vendredi 9 avril 2010

Grégoire de Nazianze : c’est de là qu’a surgit ma parole

Hommage à la communauté de l’Anastasia

Le poème, écrit en trimètres iambiques, est adressé à la communauté chrétienne de l’Anastasia, à Constantinople. Cette petite église - dont le nom signifie Résurrection - servait de siège patriarcal à Grégoire de Nazianze au moment où les nicéens étaient encore en minorité. C’est devant le peuple de l’Anastasia, vers 380, que Grégoire avait prononcé les cinq discours dits théologiques. L’avènement de l’empereur Théodose, favorable aux nicéens, permettra aux partisans de Nicée de l’emporter sur leurs adversaires ariens. Relisant cette histoire, Grégoire semble reconnaître dans ses prédications à l’Anastasia, les prémices des événements qui allaient conduire à la victoire de l’ « orthodoxie ». Les Discours théologiques seront l’œuvre la plus recopiée de l’histoire, juste après la Bible.

e te regrette, je te regrette, toi qui m’es si cher, je ne le nierai pas,
je regrette la parole génératrice de mes enfants,
ô peuple de cette Anastasia que j’aime tant ,
qui as ranimé par des paroles nouvelles
la foi ancienne, autrefois tuée par des discours de mort.
C’est de là qu’a surgi ma parole, telle une étincelle
qui a empli de lumière toutes les Églises.
Qui possède ta beauté, qui détient mon siège ?
Comment suis-je privé de mes enfants, alors que ces enfants sont vivants ? Père,
à toi la gloire, même s’il m’arrivait quelque chose de pire.
Peut-être punis-tu la liberté de mon langage.
Qui proclamera sincèrement ce qui t’appartient, ô Trinité ?

La traduction est de Jean Bernardi. Elle vient de paraître dans un ouvrage publié avec André Tuilier et Guillaume Bady (Grégoire de Nazianze, Poèmes personnels, t. 1, Collection des Universités de France, Belles Lettres, Paris 2004).
Nous présentons ici le Poème personnel 5 (PG 37, col. 1022-1023) avec l’aimable autorisation de l’éditeur. Renseignements : Les Belles Lettres.