Vendredi 16 novembre 2007 — Dernier ajout lundi 3 mai 2010

Les Pères apostoliques (I) : Clément de Rome (logo)Les Pères apostoliques (I) : Clément de Rome

Cours de patrologie de soeur Gabriel Peters o.s.b., chapitre 2

Vous trouverez ici le deuxième chapitre du manuel de patrologie de Soeur Gabriel Peters. Il n’est plus édité, mais il rendra encore service à ceux qui s’intéressent aux Pères de l’Église.

Introduction

I. Clément de Rome

- 1. D’après les témoignages
- 2. D’après l’épître aux Corinthiens
- 3. D’après les hypothèses
- 4. D’après les légendes

II. L’épître aux Corinthiens

- 1. Occasion de la lettre
- 2. Date de l’épître
- 3. Contenu de l’épître, plan et textes
- 4. Importance de l’épître

Conclusion : physionomie morale de saint Clément



  • Abandonnons les recherches vides et vaines et rangeons-nous à la glorieuse et vénérable règle de notre tradition.
    (7, 2)
  • Le Christ vient de Dieu et les apôtres viennent du Christ : ces deux choses découlent en bel ordre de la volonté de Dieu.
    (42, 2)




INTRODUCTION

1. Clément de Rome

Martyre de saint Clément
Martyre de saint Clément
© Bnf. Ms. Français 241, fol. 311.

lément, évêque de Rome, est l’auteur d’une épître aux Corinthiens. Cette lettre fut tenue en très grande estime dans l’antiquité, et lue, jusqu’au IVe siècle, dans de nombreuses Églises.
On attribue à tort à Clément plusieurs autres écrits : une deuxième épître (elle date en réalité de 150 et S. Jérôme n’accepte pas l’attribution à S. Clément) et deux lettres aux vierges (qui datent du IIIe siècle).
C’est sans doute entre les années 92 ou 93 et 101 que Clément fut évêque. Voici l’ordre de succession des évêques de Rome jusqu’à Clément : Pierre, Lin, Anaclet, Clément. Au dire de saint Irénée (140-202), Clément aurait connu saint Pierre et saint Paul.
L’épître de Clément nous renseignera, avec sobriété toutefois, sur la personnalité de son auteur. Clément semble être citoyen romain. Serait-il Juif d’origine ? Sa culture peut le faire penser : elle est celle du judaïsme hellénisant.
Le langage de Clément, très romain d’allure, est empreint de calme modération. Il est certes celui d’un évêque conscient de sa fonction et de son autorité, mais jamais il ne se départit d’un accent de profonde bonté et de bienveillante douceur.
Orientée vers la louange, l’âme de Clément est profondément religieuse et, au respect du Dieu qu’il adore, s’ajoute le respect des âmes qu’il guide sans contraindre leur liberté.

2. L’épître aux Corinthiens

L’épître aux Corinthiens ne révélera pas une seule fois le nom de son auteur. Voici le début de l’adresse :

  • L’Église de Dieu qui séjourne à Rome à l’Église de Dieu qui séjourne à Corinthe…
    I, 1

Elle se présente comme une intervention de l’Église de Rome, lors d’un scandale survenu à l’Église de Corinthe :

  • L’Église de Corinthe si antique et si ferme s’est soulevée contre ses presbytres.
    47, 6

L’auteur sait que son exhortation sera lue dans l’assemblée des frères, aussi la destination de l’épître en justifie-t-elle le caractère : provoquée par la sédition, la Prima Clementis est une longue admonestation morale, s’adressant à toute l’Église de Corinthe. Clément s’attache en particulier à combattre toute jalousie, à prêcher l’humilité, la concorde et la charité.
Au point de vue littéraire, la lettre est assez terne, le ton en est très uniforme. Une lecture superficielle risque d’engendrer l’ennui. La lettre est très longue (65 chapitres) et le plan, bien qu’il ne soit pas apparent à première vue, est très raisonné, très ordonné.
La noblesse religieuse de l’ensemble est saisissante et au lecteur attentif, l’épître dévoile sa richesse.
La lettre aux Corinthiens est d’une grande importance au triple point de vue de l’étude : • de l’histoire des dogmes, • de la liturgie, • de l’histoire de l’Église ancienne.
Bien que les protestants le contestent, nombreux sont ceux qui, avec Mgr Batiffol, reconnaissent en ce document « L’épiphanie de la primauté romaine » [1]. On ne peut exagérer cette position, mais il est vrai de dire que l’Épître témoigne de l’importance de l’Église de Rome.

I - CLÉMENT DE ROME

Toutes les affirmations de la brève notice sur Clément de Rome reposent, soit sur des témoignages solides et multiples, soit sur l’analyse de l’épître aux Corinthiens. Nous allons donc les justifier. Parmi les témoignages, nous ne choisirons que les principaux, ceux qui présentent la garantie la plus sérieuse d’authenticité. Ensuite, nous examinerons quelques hypothèses formulées sur la personne de Clément de Rome et nous dirons aussi, brièvement, comment, vu sa célébrité, l’évêque, successeur de Pierre, est entré dans la légende.

1. d’après les témoignages les plus autorisés

L’auteur de la lettre aux Corinthiens est Clément.

a) Tous les manuscrits, dont l’excellent Alexandrinus, et toutes les versions de l’épître portent comme titre : « Epître de Clément aux Corinthiens ».

b) Eusèbe de Césarée nous rapporte deux témoignages anciens très sérieux : celui d’Hégésippe et celui de Denys de Corinthe.
Hégésippe (2e s.) est un Oriental, Juif sans doute, qui, sous le Pape Anicet (155-166) entreprit un voyage qui le mena à Corinthe et à Rome. Or, dans ses Mémoires, il parle de l’épître de Clément aux Corinthiens [2].
Denys, évêque de Corinthe, écrit en ces termes au Pape Soter (166-175) :

  • Aujourd’hui, nous avons célébré le saint jour du dimanche, auquel nous avons lu votre lettre. Nous continuerons à la lire toujours comme un avertissement, ainsi du reste que la première que Clément nous a adressée (H.E., IV, 23, 11).

c) Irénée vers 180, Clément d’Alexandrie (150-215) et Origène (185-254) citent saint Clément en le nommant expressément.
Nous aurons à citer plus loin le très important texte d’Irénée qui en fait foi.
Clément d’Alexandrie dit ceci : « Ainsi s’exprima Clément dans la lettre aux Corinthiens » (Stromates, VI, 8, 65).
Origène parle de « Clément, disciple des Apôtres » (De Principiis, 2, 3, 6).

Clément est évêque - Il le fut sans doute entre 92 ou 93 et 101 - Il a connu les Apôtres.

Citons d’abord le texte d’Irénée, texte d’une importance majeure - et sans cesse discuté - sur l’Église de Rome.

  • Mais puisqu’il serait trop long… d’énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons la très grande Église, très ancienne et connue de tous, fondée et constituée à Rome par les deux très glorieux Apôtres Pierre et Paul ; nous montrerons que la Tradition qu’elle tient des Apôtres et la foi quelle a annoncée aux hommes sont parvenues jusqu’à nous par des successions d’évêques… C’est avec cette Eglise de Rome, en raison de sa plus puissante autorité de fondation que doit nécessairement s’accorder toute Église, c’est-à-dire les fidèles qui proviennent de partout, elle en qui toujours, par ceux qui proviennent de partout, a été conservée la Tradition qui vient des Apôtres.
    Après avoir ainsi fondé et édifié l’Église, les bienheureux Apôtres transmirent à Lin la charge de l’épiscopat ; de ce Lin, Paul fait mention dans ses lettres à Timothée (2 Tim, 4, 21). Anaclet lui succède. Après lui, en troisième lieu, à partir des Apôtres, c’est à Clément qu’échoit l’épiscopat. Il avait vu les Apôtres eux-mêmes, avait été en relation avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreilles ; leur Tradition était encore devant ses yeux. D’ailleurs, il n’était pas le seul ; il restait encore à l’époque beaucoup d’hommes qui avaient été instruits par les Apôtres. Du temps donc de Clément, une dissension assez grave se produisit entre les frères de Corinthe ; l’Eglise de Rome adressa alors aux Corinthiens un écrit très important pour les réconcilier dans la paix, ranimer leur foi et leur annoncer la Tradition qu’elle avait reçue récemment des Apôtres :
    un seul Dieu tout puissant, créateur du ciel et de la terre,
    qui a modelé l’homme,
    produit le déluge, appelé Abraham,
    fait sortir son peuple d’Égypte, parlé à Moïse,
    établi l’économie de la Loi, envoyé les Prophètes,
    préparé le feu pour le diable et ses anges.
    Qu’un tel Dieu soit annoncé par les Eglises comme étant aussi le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tous ceux qui le veulent peuvent le constater d’après cet écrit même. Ils peuvent ainsi connaître la Tradition apostolique de l’Église puisque cette lettre est plus ancienne que les fauteurs des erreurs actuelles qui inventent mensongèrement un autre Dieu supérieur au Démiurge, au Créateur de notre univers.
    A ce Clément succède Evariste, etc. C’est maintenant Eleuthère à qui est échu l’épiscopat en douzième lieu à partir des Apôtres.(Adversus haereses 3, 2, 3)

Eusèbe de Césarée (263-339) et saint Jérôme adoptent l’ordre de succession établi par Irénée. Ce dernier ayant séjourné à Rome, la valeur de son témoignage s’en accroît.

  • Eusèbe de Césarée fixera la chronologie et assignera à l’épiscopat de Clément ces dates : entre 92 ou 93 et 101. Au IVe s., dirons-nous, une telle reconstitution est bien hasardeuse ! Peut-être, mais nous verrons que l’épître aux Corinthiens parle dans le même sens et d’autre part, Eusèbe interrogeait le deuxième siècle, ayant sous les yeux les Mémoires d’Hégésippe, aujourd’hui perdues :
  • Etant venu à Rome (après Corinthe), dit Hégésippe, j’ai établi une succession jusqu’à Anicet dont Eleuthère était diacre ; Soter fut le successeur d’Anicet, et Eleuthère après lui (vers 180). (H.E., IV, 22, 2)

Le but du voyage d’Hégésippe était précisément de relever les successions épiscopales des différentes Églises et de constater l’unanimité de la foi.
Signalons qu’il existe dans l’Église ancienne d’autres traditions, mais d’un âge plus récent, sur l’ordre de succession des premiers évêques de Rome.
Comme, d’après Tertullien (155 - après 220), Clément aurait été ordonné par Pierre, on en conclut volontiers qu’il fut son successeur immédiat. Et les médaillons peints au Ve s. à la demande de S. Léon le Grand ( en 461) dans la basilique de Saint Paul-hors-les-Murs, donnent l’ordre de succession suivant : Pierre, Clément, Anaclet [3]. (Anaclet serait un dédoublement de Clet, né de la confusion). Le Liber Pontificalis, de même, dans la partie qui fut compilée au VIe s., suit cet ordre [4].
La lettre de Clément aux Corinthiens fut tenue en très grande estime.
Le texte de Denys de Corinthe cité plus haut nous le disait déjà et voici ce que dit Eusèbe de Césarée :

  • Il existe de Clément une lettre longue et admirable, écrite au nom de l’Eglise de Rome à celle de Corinthe à propos d’une discussion qui s’était alors élevée à Corinthe. En beaucoup d’Eglises, depuis longtemps et de nos jours encore, on la lit publiquement dans les réunions. (H.E., 3, 16)

2. D’après l’épître aux Corinthiens

Clément est sans doute citoyen romain.
Clément aime Rome et l’admire :

  • Considérons les soldats qui servent sous nos chefs : quelle discipline, quelle docilité, quelle soumission pour exécuter les ordres. (37, 2)

Clément prie pour les princes : nos princes, dit-il, comme il a dit nos chefs :

  • Rends-nous soumis à ton Nom très puissant et très excellent, à nos princes et à ceux qui gouvernent sur la terre. (60, 4)

Clément semble être Juif d’origine.
Fond et forme, l’épître semble être l’œuvre d’un Juif : les références à l’Ancien Testament abondent et dénotent une connaissance très grande de la Bible. Les phrases elles-mêmes - parallélismes, hébraïsmes - plaident en faveur de l’hypothèse. Les apocryphes juifs eux aussi sont cités (Assomption de Moïse, apocryphe d’Ézéchiel).
De plus, comme le dit le Père Lebreton, « La contemplation habituelle de l’œuvre créatrice, la paternité divine conçue comme la relation qui relie le Démiurge à ses créatures plutôt que comme le lien intime né de l’adoption divine : c’était là le cadre traditionnel de la pensée religieuse des Juifs, Clément le reçoit et le respecte » [5].

La culture de Clément est celle du judaïsme hellénisant.
Clément cite l’Ecriture dans la version des Septante. On relève dans l’épître des citations ou des emprunts libres à Euripide, à Sophocle. Enfin et surtout, l’admiration si marquée de Clément devant l’ordre et l’harmonie qui règnent dans la nature (voir ch. 20 à 22) appartient au mode de la pensée stoïcienne.

3. D’après les hypothèses

Faut-il identifier Clément de Rome au collaborateur de saint Paul dont parle l’épître aux Philippiens ?

  • Et toi aussi, mon fidèle compagnon, je te prie de leur venir en aide (= à Evodie et à Syntiché) à elles qui ont travaillé avec moi pour l’Évangile avec Clément et mes autres coopérateurs dont les noms sont inscrits au livre de vie. (Phi 4, 3)

Origène (185-254) et à sa suite Eusèbe de Césarée (H.E. 3, 15) proposent d’identifier Clément de Rome et Clément, le collaborateur de Paul. L’antiquité chrétienne accepta généralement cette identification. Elle n’est pas invraisemblable, mais rien ne peut la prouver et l’Église de Philippes est éloignée de celle de Rome [6].
Clément serait-il l’auteur de l’épître aux Hébreux ?
Clément utilise la lettre aux Hébreux qui est donc certainement antérieure à son épître. En serait-il lui-même l’auteur ? Origène et Eusèbe se posaient la même question… Texte d’Eusèbe :

  • L’auteur fait beaucoup d’emprunts à l’épître aux Hébreux soit pour les pensées, soit même pour certaines expressions qu’il rapporte textuellement… Paul, dit-on, s’était adressé aux Hébreux dans leur langue maternelle. Sa lettre fut traduite par l’évangéliste Luc selon les uns, et, selon les autres, par Clément. Des deux hypothèses, celle-ci semblerait plutôt la vraie. D’une part, l’épître de Clément et l’épître aux Hébreux conservent la même allure de style et, d’autre part, les pensées dans les deux écrits ont une parenté qui n’est pas éloignée.
    H.E., 3, 28, 1-3

On ne peut rien affirmer, mais la parenté des écrits est indéniable. Il faut ici citer Clément :

  • Telle est la voie, mes bien-aimés, où nous avons trouvé notre salut, Jésus-Christ, le Grand-Prêtre de nos offrandes, le protecteur et l’aide de notre faiblesse. Par Lui, nous fixons nos regards sur les hauteurs des cieux ; par Lui, nous voyons comme dans un miroir le visage immaculé et sublime de Dieu ; par Lui se sont ouverts les yeux do notre cœur ; par Lui, notre intelligence, jusque là fermée et couverte de ténèbres, s’épanouit dans la lumière ; par Lui, le Maître a voulu nous faire goûter à la science immortelle, Lui qui étant le rayonnement de la majesté de Dieu, est aussi élevé au-dessus des anges que le nom qu’il a hérité l’emporte sur le leur.
    36, 1-3

Clément de Rome est-il le même personnage que le martyr Clément, c’est-à-dire le consul Flavius Clemens ?
Flavius Clemens, consul de Rome, est le cousin de l’empereur Domitien ; il fut accusé d’athéisme et quelques mois avant la mort de l’empereur, soit en 95 ou en 96, il fut décapité « avec beaucoup d’autres citoyens qui avaient adopté les mœurs juives » (H.E. 3, 18, 4) [7]
Il n’y a pas lieu d’attacher crédit à pareille identification : le silence unanime des meilleures sources sur ce point serait par trop étonnant : si le pape Clément avait été consul, s’il était un Flavien et le propre cousin de l’empereur, comment ne l’aurait-on pas retenu et redit ?
De plus, le style de l’épître, quoique romain d’allure comme nous l’avons dit, ne semble pas être celui d’un authentique Romain de vieille souche, mais bien celui d’un Juif de la Diaspora.
Ce qui est certain par contre, c’est que le fait historique du martyre de Flavius Clemens a influencé les récits légendaires qui tous font du pape Clément un martyr.

4. D’après les légendes

Il existe trois sources différentes de légendes sur la vie de S. Clément de Rome : le roman syrien, la passion romaine, le Liber Pontificalis.

Le roman syrien
Le roman syrien est formé d’homélies et de « reconnaissances » (les recognitiones). Il peut être daté du début du IIIe s.
Clément entreprend un grand voyage, il parcourt le monde en quête de vérité. En route il s’égare, perd la trace de tous ses parents, et demeure seul. Il rencontre alors saint Pierre et devient son disciple. Il retrouvera successivement ensuite tous ses parents perdus (d’où le titre de « Reconnaissances » : il « reconnaît » ses parents).

La passion romaine.
Une passion romaine plus tardive - elle date de la fin du Ve s. -, est absolument invraisemblable dans ses détails [8]. Elle n’en est pas moins bien jolie. C’est elle qui nous raconte le fait qu’a retenu le bréviaire.
Clément fut relégué en exil dans la Chersonèse. Il y demeura trois ans parmi les chrétiens condamnés comme lui à de durs travaux. Enfin, apprenant que Clément convertissait toute la région, l’empereur Trajan ordonna qu’il fut jeté à la mer avec une ancre au cou. Les chrétiens purent voir le temple de marbre édifié par les anges où reposait, dans un sarcophage de pierre, le corps de Clément. Chaque année, la mer se retirait pendant sept jours et les pèlerins affluaient. Une mère veuve ayant perdu son fils, laissé auprès de la tombe du saint, le retrouva l’année suivante, endormi.

Le Liber pontificalis.
Au VIe s. enfin, l’auteur du Liber Pontificalis nous donne de nouveaux renseignements très précis - trop précis -, sur Clément. Il eut pour père Faustinus, il partagea Rome en sept régions, fit rechercher en chacune et recueillir avec grand soin les Actes des Martyrs.
A Rome, la belle mosaïque de l’église S. Clément nous montre l’auteur de l’épître aux Corinthiens, cet évêque de Rome, qui tient une ancre. Il siège sur un trône à côté de S. Pierre qui lui dit, en lui montrant le Christ qui siège tout en haut : « Regarde, Clément, le Christ que je t’ai promis ».
Le symbolisme de l’image se serait emparé de la légende pour en faire une profonde réalité. Mais on suggère plutôt que c’est l’iconographie religieuse - l’ancre = l’espérance. l’Agneau et la source d’eau vive [9] -, qui aurait donné naissance à la légende.

II - L’ÉPITRE AUX CORINTHIENS

La lettre aux Corinthiens est disponible en version bilingue dans l’article Clément de Rome : Lettre aux Corinthiens.

1. Occasion de la lettre

Les Corinthiens semblent être gens bien turbulents ! À preuve, ces extraits des deux épîtres de Paul aux Corinthiens :

  • Qu’il n’y ait point parmi vous de divisions… en effet, mes frères, il m’a été rapporté… qu’il y a parmi vous des discordes. J’entends par là que chacun de vous dit : « Moi, je suis pour Paul », « et moi, pour Apollos », « et moi, pour Céphas », « et moi pour le Christ ». Le Christ est-il divisé ?
    1 Co 1, 10-12. En l’an 55.
  • Je crains qu’à mon arrivée, je ne vous trouve pas tels que je voudrais… qu’il y ait discorde, jalousie, emportements, disputes, médisances, commérages, insolences, désordres…
    2 Co, 12, 20. En l’an 57.

Or, voici qu’à Corinthe a éclaté un nouveau scandale, l’épître de Clément en témoigne :

  • … Notre attention se tourne bien tardivement à notre gré vers les affaires en litige parmi vous, vers cette sédition inadmissible et déplacée chez les élus de Dieu, exécrable et impie, qu’un petit nombre de meneurs téméraires et insolents ont allumée et portée à un tel degré de démence que votre nom révéré, glorieux et aimable à tous en est grandement décrié.
    1, 1

Ce scandale est si grave qu’il « dévoie bien des âmes ».

  • Pourquoi parmi vous des querelles, des emportements, des dissensions, des schismes et la guerre ? N’avons-nous pas un même Dieu, un même Christ, un même Esprit de grâce répandu sur nous, une même vocation dans le Christ ?
    Pourquoi déchirer et écarteler les membres du Christ ? Pourquoi être en révolte contre notre propre corps ? Pourquoi en venir à cette folie d’oublier que nous sommes membres les uns des autres Rappelez-vous les paroles de Jésus Notre-Seigneur qui a dit « Malheur à cet homme ! Mieux vaudrait pour lui n’être pas né que de scandaliser un seul de mes élus ; mieux vaudrait pour lui avoir une meule passée au cou et être jeté à la mer que de pervertir un seul de mes élus. » (Mt 26, 24 et Lc 17, 2). Votre schisme a dévoyé bien des âmes : il en a jeté beaucoup dans l’abattement, beaucoup dans le doute et nous tous dans la tristesse ! Et vos dissensions se prolongent !
    Reprenez l’épître du bienheureux Paul apôtre. Que vous a-t-il écrit tout d’abord dans les commencements de l’Évangile ? En vérité, c’est sous l’inspiration de l’Esprit qu’il vous a écrit une lettre touchant Céphas, Apollos et lui-même parce que dès lors vous formiez des cabales…
    46, 5 à 47, 4

Que s’est-il donc passé ?

  • Il est honteux, mes bien-aimés, très honteux et indigne d’une conduite chrétienne d’entendre dire que l’Église de Corinthe si antique et si ferme s’est soulevée contre ses presbytres à cause d’un ou de deux personnages.
    47, 6

Aussi, devant un tel scandale, l’Église de Rome intervient :

  • L’Église de Dieu qui séjourne à Rome, à l’Église de Dieu qui séjourne à Corinthe, aux élus sanctifiés selon la volonté de Dieu par Notre Seigneur Jésus-Christ.
    1, 1

Voyons quels sages conseils, l’Église de Rome donne à sa sœur indisciplinée. Nous remarquerons qu’elle parle avec autorité, mais surtout et davantage avec douceur, bonté, modération :

  • Ce ne serait pas une faute légère pour nous de démettre de l’épiscopat des hommes qui ont présenté les oblations d’une façon pieuse et irréprochable… Vous (les) avez destitués du ministère qu’ils exerçaient sans reproche et avec honneur.
    44, 4 et 6
  • Toutes les fautes que nous a fait commettre un des partisans de l’ennemi, implorons-en le pardon… Il vaut mieux pour un homme faire l’exomologèse de ses péchés que d’endurcir son cœur…
    51, 1, 3

Voici le passage essentiel : l’exil est proposé aux coupables, le conseil, ils ont à l’accepter librement, avec noblesse et générosité :

  • Est-il parmi vous quelqu’un de généreux, de compatissant, et rempli de charité ? Que celui-là dise : si je suis cause de la sédition, de la discorde, des divisions, je quitte le pays, je M’en vais où l’on voudra, j’exécute les décisions de la multitude ; seulement que le troupeau du Christ vive en paix avec les presbytres constitués ! Celui qui agira ainsi s’acquerra une grande gloire dans le Christ…
    54, 1-3

Il faut prier pour les coupables. La correction fraternelle est un geste de douceur et d’humble charité :

  • Intercédons, nous aussi, pour ceux qui sont coupables de quelque faute, que la douceur et l’humilité leur soient accordées, afin qu’ils cèdent non pas à nous certes, niais à la volonté de Dieu. De la sorte, le souvenir compatissant que nous avons d’eux devant Dieu et les saints sera plein de fruit pour eux et de perfection. Acceptons les corrections dont personne, mes bien-aimés, ne doit s’indigner. La réprimande que nous nous adressons mutuellement est bonne et très utile : elle nous attache à la volonté de Dieu.
    56, 1-3

Clément s’adresse aux coupables directement.

  • Vous donc qui avez causé le principe de la discorde, soumettez-vous aux presbytres, laissez-vous corriger en esprit de pénitence, fléchissez les genoux de vos cœurs. Apprenez à obéir, déposez votre superbe et orgueilleuse arrogance de langage : mieux vaut pour vous être petits, mais comptés dans le troupeau du Christ que d’être, avec une réputation d’excellence, exclus de l’espérance chrétienne.
    57, 1-2
  • S’il y en a qui résistent aux paroles que Dieu leur adresse par notre intermédiaire, qu’ils sachent bien qu’ils se fourvoient dans une faute et un danger grave. Pour nous, nous serons innocents de ce péché…
    59, 1

D’ailleurs, Clément envoie des ambassadeurs pour rétablit l’ordre.

  • Vous nous causerez en effet joie et allégresse si vous obéissez aux conseils que nous vous avons donnés par le Saint-Esprit… Nous vous avons envoyé des hommes fidèles et sages qui ont vécu sans reproche au milieu de nous depuis la jeunesse jusqu’à la vieillesse, ils seront témoins entre nous et vous. Nous avons fait cela pour que vous sachiez que toute notre préoccupation a été et est encore de vous amener promptement à la paix.
    63, 24
  • Renvoyez-nous promptement en paix et avec joie nos députés, Claudius Ephebus et Valerius Biton, ainsi que Fortunatus, afin qu’ils nous annoncent au plus tôt la paix et la concorde si désirable et si désirée de nous, afin que nous nous réjouissions nous aussi, le plus tôt possible du bon ordre parmi vous.
    65, 1

2. Date de l’épître

L’épître est écrite avant l’an 110, date approximative à laquelle l’évêque de Smyrne, Polycarpe, la cite.
D’autre part, elle est écrite après la terrible persécution de Néron, en l’an 64, sur laquelle d’ailleurs elle nous renseigne : il faut remarquer dans ce texte que la persécution est envisagée comme toute récente :

  • Mais, pour laisser de côté les exemples des anciens, venons-en aux athlètes tout récents, prenons les exemples de notre génération. C’est par l’effet de la jalousie et de l’envie que furent persécutés ceux qui étaient les colonnes les plus élevées et les plus justes et qu’ils combattirent jusqu’à la mort. Jetons les yeux sur les excellents Apôtres : Pierre, qui, victime d’une injuste jalousie, souffrit non pas une ou deux, mais de nombreuses fatigues, et qui après avoir ainsi accompli son martyre, s’en est allé au séjour de gloire qui lui était dû. C’est par suite de la jalousie et de la discorde que Paul a montré (comment on remporte) le prix de la patience. Chargé sept fois de chaînes, banni, lapidé, devenu un héraut en Orient et en Occident, il a reçu pour sa foi une gloire éclatante. Après avoir enseigné la justice au monde entier, atteint les bornes de l’Occident, accompli son martyre devant ceux qui gouvernent, il a quitté le monde et s’en est allé au saint lieu, illustre modèle de patience. A ces hommes dont la vie a été sainte vint s’adjoindre une grande foule d’élus, qui, par suite de la jalousie, endurèrent beaucoup d’outrages et de tortures, et qui laissèrent parmi nous un magnifique exemple. C’est poursuivies par la jalousie que des femmes, les Danaïdes et les Dircés, après avoir souffert de terribles et monstrueux outrages, ont touché le but dans la course de la foi et ont reçu la noble récompense, toutes débiles de corps qu’elles étaient. (5, 1 à 6, 2)

Une nouvelle persécution vient d’avoir lieu :

  • Les malheurs, les calamités soudaines qui nous ont frappés coup sur coup, frères bien-aimés, ont été cause que notre attention se tourne bien tardivement à notre gré vers les affaires en litige parmi vous. (1, 1)

Et la menace de son renouvellement persiste, car aussitôt après l’évocation de la persécution de Néron, Clément poursuit :

  • …Nous sommes dans la même arène que vous, le même combat nous attend. (7, 1)

Tout concorde donc pour fixer la composition de l’épître vers la fin du règne de Domitien.
Voici quelle est la succession des empereurs romains à l’époque : Néron (54-68), Vespasien (69-79), Domitien (81-96), Nerva (96-98), Trajan (98-117).
La persécution reprit alors, moins sanglante que du temps de Néron, mais rusée et chicanière. La lettre serait donc écrite vers 95 ou 96.
Certains historiens préfèrent en fixer la date de composition en 97 ou 98, soit sous l’empereur Nerva, toute persécution ayant cessé sous son règne.

3. Contenu de l’épître : plan et textes

La lettre de Clément est, nous l’avons dit, fort longue : 65 chapitres. Après un assez bref prologue, deux longues parties se succèdent : • la première toute générale - chapitres 4 à 38 -, est une exhortation à pratiquer les vertus propres à maintenir la paix et la concorde entre les membres de la communauté. • la deuxième - chapitres 39 à 61 -, indique d’abord les remèdes qui rendront la paix à l’Église de Corinthe - chapitres 39 à 59 -, une admirable prière s’y ajoute - chapitres 59 à 6 1. • enfin, la conclusion - chapitres 62 à 65 -, résume la lettre et annonce l’envoi de députés.
Vu l’importance de la lettre de Clément, nous allons situer, dans cet ensemble, les textes principaux.



LECTURE DE L’ÉPÎTRE

PROLOGUE

En contraste, Clément y rappelle la sainteté passée de l’Église de Corinthe et y dénonce les graves dangers actuels. II faut remarquer que le désordre est compris comme une ingratitude : comblés de dons, les Corinthiens, comme des enfants trop gâtés, regimbent.
Dans l’éloge des Corinthiens, nous relevons cette admirable phrase :

  • Contents des viatiques du Christ et y appliquant votre âme, vous gardiez soigneusement ses paroles dans votre cœur, et ses souffrances étaient devant vos yeux. C’est ainsi qu’une paix profonde et joyeuse avait été donnée à tous avec un désir insatiable de faire le bien, et une abondante effusion de l’Esprit Saint s’était répandue sur tous. (2, 1-2)

C’est parce que la foi s’est affaiblie que la paix s’est éloignée :

  • Ainsi se sont éloignées la justice et la paix, depuis que chacun a délaissé la crainte de Dieu, affaibli les lumières de sa foi. (3, 4)

PREMIERE PARTIE : EXHORTATION GENERALE

1. Clément énumère les vertus nécessaires à la concorde d’une façon négative d’abord :

a) Bannir la jalousie (chap. 4 à 6)
Ici, les exemples de l’Ancien Testament abondent voyez par l’exemple de Caïn, d’Esaü, etc., combien la jalousie a causé de maux. Le passage cité plus haut - « Venons-en aux athlètes tout récents… » -, vient s’insérer à cette place.

b) Faire pénitence (ch. 7 et 8)
Citons ce bel appel à la pénitence :

  • Voyons ce qui est beau aux yeux de notre Créateur, ce qui le charme, ce qui lui plait. Fixons nos regards sur le sang du Christ, et connaissons combien il est précieux pour Dieu, son Père, parce qu’ayant été versé pour notre salut, il a ménagé au monde entier la grâce de la pénitence.
    7, 3-4

Les exemples tirés de l’Ancien Testament se poursuivent.

Les vertus nécessaires à la concorde sont présentées maintenant d’une façon positive :

a) Pratiquer l’obéissance, la foi, la piété, l’hospitalité (ch.9 à 12)
Toutes ces recommandations sont morales, certes, mais que l’on en remarque l’accent religieux :

  • Obéissons donc à la volonté magnifique et glorieuse, prosternons-nous en suppliant sa piété et sa bonté, recourons à sa compassion, quittons les besognes vaines, les querelles, la jalousie qui mène à la mort. Fixons nos regards sur ceux qui ont été les serviteurs accomplis de sa magnifique gloire.
    9, 1-2

Avec quelque monotonie, les exemples tirés de l’Ancien Testament s’alignent : Hénoch, Noé, Abraham, etc., sont ces « serviteurs accomplis de sa magnifique gloire ».

b) Pratiquer l’humilité à l’exemple du Christ et des saints (ch.13 à 19)
Il faut noter la longueur de cette partie : c’est avec complaisance que Clément s’attarde à parler de l’humilité [10], c’est cette vertu qui répand dans les âmes, paix, douceur, bonté :

  • Soyons bons les uns pour les autres, à l’exemple de notre miséricordieux et doux Créateur.
    14, 3

C’est elle qui nous conforme le mieux au Christ et nous unit à lui :

  • Le Christ appartient aux âmes humbles et non pas à ceux qui s’élèvent au-dessus de son troupeau. Le sceptre de la majesté de Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, n’est point venu avec le train de la fierté et de l’orgueil, encore qu’il l’eût pu, mais avec d’humbles sentiments.
    16, 1-2

Faut-il le dire ? Ici encore, les exemples tirés de l’Ancien Testament se multiplient. C’est là le procédé choisi par Clément tout au long de sa lettre.
Relevons au passage cette admirable formule :

  • Les yeux fixés sur le Père et le Créateur de l’univers, attachons-nous à ses présents magnifiques et incomparables (nés) de la paix et à ses bienfaits.
    19, 2 b

Les ch. 20 à 22 constituent la finale grandiose de cette exhortation aux vertus nécessaires à la concorde : dans un passage très connu, Clément célèbre l’ordre qui règne dans l’univers. Cette évocation solennelle et paisible est d’une réelle beauté. C’est en ce passage que l’on reconnaît l’influence stoïcienne : le thème du monde harmonieusement ordonné est propre aux stoïciens. Les chrétiens, on le sait, seront plus volontiers frappés par le désordre du monde blessé par le péché. « Toute la création gémit en travail d’enfantement » nous dit saint Paul (Ro 8, 22). Tout ce long passage est à lire, nous en citons le début et la magnifique finale :

  • Les cieux mis en branle par son ordre, lui obéissent en paix. Le jour et la nuit accomplissent la course qu’il leur a prescrite, sans s’entraver l’un l’autre. Le soleil, la lune et le chœur des astres parcourent, d’après son ordre, avec harmonie et sans aucun écart, les orbites qu’il leur a marqués. La terre féconde, docile à sa volonté, fournit en abondance, dans les saisons convenables, leur nourriture aux hommes, aux animaux, à tous les êtres qui vivent à sa surface ; elle n’hésite pas, elle ne change rien à ses décrets.
    20, 14
  • Le souverain Créateur et Maître de l’univers a disposé que toutes ces choses resteraient dans la paix et la concorde, bienfaisant qu’il est pour toutes ses créatures, mais plus que prodigue envers nous qui recourons à ses miséricordes par Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire et la majesté dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
    20, 11-12

De cette harmonie du monde soumis à son Créateur, Clément dégage la leçon :

  • Prenez garde, bien-aimés, que les bienfaits de Dieu, si nombreux, ne soient pour nous tous un sujet de condamnation, si nous ne vivons d’une manière digne de lui, opérant dans la concorde ce qui est bien et agréable à ses yeux.
    21, 1
  • Il est donc juste que nous ne quittions pas notre poste contre sa volonté.
    21, 4
  • Que nos enfants aient part à l’éducation dans le Christ ; qu’ils apprennent quelle est auprès de Dieu la puissance de l’humilité, le pouvoir du chaste amour, combien la crainte de Dieu est belle et précieuse, comment elle sauve tous ceux qui marchent saintement en elle avec une conscience pure. [11]
    21, 8

2. Clément va s’efforcer de ranimer la foi de ses auditeurs : qu’ils ne doutent pas des promesses de Dieu, car la résurrection est certaine (ch. 23-30).
Dieu est d’une munificence extraordinaire [12] :

  • Le Père tout compatissant et bienfaisant se sent des entrailles pour ceux qui le craignent ; il répand ses grâces avec douceur et bonté sur ceux qui s’approchent de lui avec un cœur simple. Aussi, défaisons-nous de la duplicité, et que notre âme ne s’enfle point à cause de ses dons incomparables et magnifiques.
    23, 1-2

Sans doute, et là est l’épreuve de notre foi, toute maturité est graduelle :

  • Insensés ! Comparez-vous à un arbre ; prenez un cep de vigne d’abord les feuilles tombent ; ensuite il pousse des bourgeons, puis du feuillage, puis la fleur, après cela le raisin vert, enfin les grappes mûres sont là.
    23, 4

Les prémices de notre résurrection sont dans le Seigneur Jésus-Christ :

  • Observons, mes bien-aimés, comment le Maître nous représente continuellement la future résurrection, dont il nous a donné les prémices dans le Seigneur Jésus-Christ, quand il l’a ressuscité d’entre les morts.
    24, 1

Le chapitre 25 est consacré à l’étrange exemple de la résurrection du phénix. C’est la première mention de cette légende dans la littérature chrétienne. Clément de Rome, semblable en cela à ses contemporains, y croit comme à un fait d’histoire naturelle. Dieu est fidèle, il accomplira ses promesses :

  • Celui qui a défendu de mentir, peut beaucoup moins mentir lui-même : rien n’est impossible à Dieu, sauf le mensonge.
    27, 2

Il nous faut aimer ce Père si bon :

  • Approchons-nous donc de lui avec une âme sainte, levons vers lui des mains pures et sans souillure, aimons ce Père indulgent et miséricordieux qui a fait de nous sa part choisie.
    29, 1

3. « Voyons quelles sont les voies » que prend la bénédiction de Dieu pour atteindre les hommes, annonce Clément. Du ch. 31 à 36, il va nous les énumérer.

a) la foi, ch. 31 et 32
Les exemples tirés de l’Ancien Testament se poursuivent. Mais c’est aux « dons de Dieu » qui répondent à la foi que s’arrête la pensée de Clément :

  • A les considérer un par un, avec sincérité, l’on découvre la magnificence des dons accordés par Dieu.
    32, 1

b) la charité, ch. 33 à 35, 3
Dieu a fait son travail avec amour, il s’est appliqué à ses œuvres, nous aussi, « appliquons-nous » à son exemple :

  • … l’homme dont l’intelligence fait l’excellence et la supériorité, il l’a formé de ses mains sacrées et pures, comme une empreinte de sa propre image [13].
    33, 4
  • Possédant un pareil modèle, appliquons-nous sans hésiter à sa volonté, et pratiquons de toutes nos forces les œuvres de la justice.
    33, 8

Les anges exécutent sa volonté avec tant de zèle, tout en criant : Saint, Saint, Saint est le Seigneur.

  • Et nous aussi, réunis par la communauté de sentiments dans la concorde en un seul corps, crions vers lui avec instance comme d’une seule bouche, afin d’avoir part à ses grandes et magnifiques promesses.
    34, 7
  • Qu’ils sont admirables les dons de Dieu, mes bien-aimés !
    35, 1

c) la voie par excellence est « Jésus-Christ, le grand-prêtre de nos offrandes, le protecteur et l’aide de notre faiblesse ». C’est en cheminant par la voie des vertus que nous rencontrerons Jésus-Christ notre salut.

  • Efforçons-nous donc, de sorte que nous soyons trouvés au nombre de ceux qui l’attendent, afin d’avoir part aux présents qu’il a promis. Mais comment y réussir, bien-aimés ? C’est en fixant avec foi notre pensée en Dieu, en recherchant soigneusement ce qui lui plaît et lui agrée, en accomplissant tels actes qui conviennent à sa volonté pure, en suivant la voie de la vérité.
    35, 4 et 5 a

Le passage essentiel, si proche de l’épître aux Hébreux, a déjà été cité : la voie est Jésus-Christ (36, 1-3).
Les chapitres 37 et 38 forment une transition : avec Jésus-Christ, nous formons un corps où doit régner l’unité. L’image de cette unité est très concrète et vive chez Clément. Il l’évoque en deux exemples : la merveilleuse discipline des armées romaines et l’unité du corps humain :

  • Faisons campagne, ô hommes, mes frères, avec toute l’application possible sous son commandement irréprochable. Considérons les soldats qui servent sous nos chefs, etc..
    37, 1-2
  • Qu’il soit donc conservé en intégrité le corps que nous formons en Jésus-Christ.
    38, 1

Citons encore ce beau passage : que l’action de grâces réponde aux bienfaits de Dieu :

  • Calculons donc, frères, de quelle matière nous avons été formés, quels nous étions en entrant dans le monde, de quelle tombe, de quelles ténèbres, notre auteur et créateur nous a fait passer dans le monde qui est le sien, où il nous avait préparé ses bienfaits avant notre naissance. Puisque nous tenons tout de lui, nous avons le devoir de lui rendre grâces de toutes choses. A lui la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
    38, 34

DEUXIÈME PARTIE : LES REMÈDES PRÉCIS PROPOSÉS A L’ÉGLISE DE CORINTHE, DANS LE DÉSORDRE ACTUEL

1. Dieu a voulu l’ordre dans les fonctions de l’Ancienne et de la Nouvelle Loi. Cet ordre voulu par Dieu et, pour la Nouvelle Loi, établi par Jésus-Christ et ses apôtres, il faut le respecter (ch. 39 à 50).
Nous pouvons voir en ces chapitres comment le culte est réglé dans l’Église :

  • Or il nous a prescrit de nous acquitter des offrandes et du service divin [14], non pas au hasard et sans ordre, mais en des temps et à des heures fixés. Il a déterminé lui-même par sa décision souveraine à quels endroits et par quels ministres ils doivent s’accomplir, afin que toute chose se fasse saintement selon son bon plaisir, et soit agréable à sa volonté.
    40, 2-3
  • Au grand-prêtre, des fonctions particulières ont été confiées ; aux prêtres, on a marqué des places spéciales ; aux lévites incombent des services propres ; les laïcs sont liés par des préceptes particuliers aux laïcs.
    40, 5

Mais, bien qu’il y ait ici parallèle avec l’Ancienne Loi, il est évident que ces textes supposent une ordonnance liturgique déjà nettement établie.
La hiérarchie est d’ailleurs soigneusement indiquée dans ce texte important :

  • Les apôtres ont été dépêchés comme messagers de bonne nouvelle par le Seigneur Jésus-Christ. Jésus-Christ a été envoyé par Dieu. Le Christ vient donc de Dieu et les apôtres viennent du Christ : ces deux choses découlent en bel ordre de la volonté de Dieu.
    42, 1-2

Les apôtres ont désigné les évêques qui leur succéderaient. Nous avons ici un témoignage de la succession apostolique :

  • Prêchant à travers les villes et les campagnes, ils (= les apôtres) éprouvèrent dans le Saint-Esprit leurs prémices, et les instituèrent comme évêques et comme diacres des futurs croyants.
    42, 1
  • …Ils instituèrent ceux que nous avons dits, et ensuite posèrent cette règle qu’après leur mort, d’autres hommes éprouvés succéderaient à leur ministère.
    44, 2 b

Ainsi, dès sa naissance, nous voyons l’Église considérée comme le « corps du Christ » (Cf. 38, 1 : qu’il soit donc conservé dans son intégrité le corps que nous formons en Jésus-Christ) et comme une organisation hiérarchique visible et disciplinée. Les deux points de vue ne se séparent pas.
Dans cette partie comme dans la précédente, Clément ne cesse de faire appel aux exemples de l’Ancien Testament : « C’est à ces modèles, frères, que nous devons nous tenir » (46, 1).
Et une nouvelle fois revient avec une insistance douloureuse ce pathétique rappel :

  • Pourquoi parmi vous des querelles, des emportements, des dissensions, des schismes et la guerre ? N’avons-nous pas un même Dieu, un même Christ, un même esprit de grâce répandu sur nous, une même vocation dans le Christ ? Pourquoi déchirer et écarteler les membres du Christ ? Pourquoi être en révolte contre notre propre corps ? Pourquoi en venir à cette folie d’oublier que nous sommes membres les uns des autres ?
    46, 5-7 a

Clément recommande aux Corinthiens de relire l’épître que leur écrivait dans les commencements de l’Évangile le bienheureux Paul (la 1re aux Corinthiens).
Nous nous arrêtons ici à citer une phrase qui, une fois de plus, à travers ses réminiscences pauliniennes, ramène notre pensée vers un texte de la Règle de saint Benoît :

  • Il (= celui qui est fidèle, etc.) doit être d’autant plus humble qu’il paraît plus grand, il doit chercher l’utilité commune de tous et non la sienne propre.
    48, 6

En imitation de la belle hymne de saint Paul à la charité (1 Co 13) : Clément entonne, mais avec moins de lyrisme, les louanges de la charité, de son extrême beauté :

  • Que celui qui a la charité du Christ accomplisse les commandements du Christ. Qui peut expliquer le lien de la charité divine ? Qui est capable d’exprimer son extrême beauté ? La hauteur où la charité nous élève est ineffable. La charité nous unit étroitement à Dieu, « la charité couvre la multitude des péchés », la charité souffre tout, supporte tout ; rien de bas dans la charité, rien de superbe ; la charité ne fait pas de schisme, la charité ne fomente pas de sédition, la charité opère tout dans la concorde la charité consomme la perfection de tous les élus de Dieu sans la charité, rien ne plaît à Dieu. C’est par la charité que le Maître nous a élevés à lui ; c’est à cause de la charité qu’il a eue pour nous que Jésus-Christ Notre Seigneur, docile à la volonté de Dieu, a donné son sang pour nous, sa chair pour notre chair, son âme pour nos âmes. Vous voyez, bien-aimés, combien la charité est une grande et admirable chose, et qu’il n’y a pas de mots pour expliquer sa perfection.
    49, 1 à 50, 1

2. Clément indique la conduite à suivre par les responsables du schisme : conversion et exil volontaire pour se sacrifier au bien commun. Ch. 51 à 58.
On s’est étonné parfois de la sévérité du châtiment que propose Clément ; en fait, rien n’indique mieux son respect de la liberté, de la grandeur humaine et aussi son sens du bien de la communauté qui passe avant celui de l’individu.
Tous les passages relatifs au schisme ont été cités plus haut.
Nous relevons un texte où l’affirmation de la foi dans les trois personnes divines est si nette que ce texte est fréquemment cité dans l’histoire du dogme de la Trinité. Saint Basile le cite dans son Traité du Saint-Esprit [15].

  • Acceptez notre conseil et vous n’en aurez pas de repentir. Car aussi vrai que Dieu vit, et que vit le Seigneur Jésus-Christ et le Saint-Esprit, la foi et l’espérance des élus, celui qui accomplit les volontés et les commandements donnés par Dieu… sera rangé et compté au nombre de ceux qui sont sauvés par Jésus-Christ, par lequel gloire soit à Dieu dans les siècles des siècles.
    58, 2

Il est continuel dans la lettre de Clément que la mention de Dieu soit suivie, comme dans ce texte, d’une doxologie. Il y a ici une coutume courante, mais le ton de la lettre entière est celui de la louange.
La deuxième partie se termine par une longue et admirable prière (ch. 59 à 61) qui constitue « un des joyaux de la littérature chrétienne » (Hemmer). Les demandes qui s’y égrènent comme dans une litanie sont enchâssées dans une hymne de louange qui s’achève en action de grâces. Nous sommes ici au sommet de la lettre de Clément. Cette prière est un document très important au point de vue liturgique, comme nous le redirons [16].

CONCLUSION

Clément lui-même résume la lettre, énumérant encore toutes les vertus qui conviennent « à ceux qui veulent vivre dans la piété et la justice ». Ces vertus, il nous faut les pratiquer « à l’exemple de nos pères que nous avons cités ».
Un souhait de paix et l’annonce de l’envoi de députés termine l’épître.

4. Importance de l’épître

Au point de vue doctrinal

Comme le dit le Père Lebreton [17] : « L’heure n’est pas venue encore des élaborations théologiques ni des controverses ; mais déjà la révélation de Dieu a éclairé les âmes et, sous l’action de la grâce, la foi est née ».
De cette foi, nous pouvons trouver un raccourci saisissant dans la lettre de Clément : la foi aux trois Personnes divines, à la divinité du Christ, à la rédemption par le sang du Christ, à la résurrection du Christ, gage certain de notre résurrection future, s’énonce clairement [18].

Mais c’est surtout la doctrine de l’Église qui s’explicite :

  • L’Église est une - « N’avons-nous pas un même Dieu, un même Christ, un même Esprit de grâce répandu sur nous, une même vocation dans le Christ ? (ch. 46) » - « Soyons réunis par la communauté de sentiment dans la concorde en un seul corps (ch.34) ».
  • L’Église est catholique - « C’est au monde entier que Paul a prêché la justice (ch. 5) » - « Que le Créateur de l’univers conserve intact le nombre compté de ses élus dans le monde entier par son Fils bien-aimé Jésus-Christ (ch. 59) ».
  • L’Église est le corps du Christ - « Pourquoi déchirer et écarteler les membres du Christ ? (ch. 46) ».
  • L’Église est apostolique : sa hiérarchie est fondée sur l’autorité immédiate des apôtres (voir ch. 42, 14).

Clément affirme aussi l’inspiration scripturaire : « Vous avez pâli sur les Écritures sacrées, véridiques, dues au Saint-Esprit (ch. 45) » [19].
Clément a-t-il sous les yeux les textes des Évangiles ? Il cite les « paroles du Seigneur », les logia, les citations semblent se référer aux évangiles de Matthieu et de Luc, mais elles ne sont pas littérales, et elles pourraient laisser supposer une rédaction quelque peu différente. Les épîtres de Paul, la première de Pierre, celle de Jacques et l’épître aux Hébreux sont citées.

Au point de vue liturgique

« Frères, que chacun d’entre nous, à son rang, plaise à Dieu par une bonne conscience, sans transgresser les règles imposées à son office (ch. 41) ». Les deux mots grecs employés sont « canon » (règle) et « liturgie » : sans transgresser le canon de la liturgie.
Et, en effet, l’ordonnance liturgique est ferme d’après la lettre de Clément : hiérarchie et laïcat, - évêque ou presbytres et diacres -, la fonction première des presbytres est d’offrir les dons, de présenter les offrandes (ch. 44).
Mais la plus importante contribution à l’histoire de la liturgie que nous offre la lettre de Clément est l’admirable prière finale.
Il semble, écrit Bardy [20], que l’on assiste « au premier éveil de la prière officielle de l’Eglise ».
Saint Justin († vers 165) dira après Clément, en parlant de l’assemblée qui se fait « le jour du soleil » : « Celui qui préside fait monter vers Dieu ses prières et ses actions de grâces autant qu’il en a la force » (Apologie, 1, 67, 5). Or, nous avons ici un des plus beaux exemples de ces prières solennelles qu’improvise l’évêque. Nous ne sommes pas loin de la prière juive de bénédiction, mais la prière chrétienne s’y enracine, elle la renouvelle et la transforme.
Nous retrouvons le schème des litanies ou encore celui qui fut à l’origine des grandes oraisons du vendredi-saint : prières pour les opprimés, les malades, les captifs, prières d’intercession.
L’accent solennel de la prière est calme et tranquille. C’est déjà celui de la liturgie romaine.

Au point de vue de l’Histoire de l’Église

Harnack (1851-1930), le célèbre historien protestant de l’Eglise, voit dans la lettre de Clément « la meilleure introduction à l’Histoire ancienne de l’Eglise » et cela vaut surtout par la doctrine de l’Eglise que nous révèle l’épître et que nous avons esquissée.
Rien ne peut effacer non plus l’impression que ce document plaide en faveur d’une primauté de l’Église de Rome. Les lettres d’Ignace vont bientôt nous prouver combien les liens des différentes Eglises chrétiennes étaient étroits, mais une nouvelle fois, en lisant la lettre d’Ignace aux Romains, nous nous trouverons mis en face d’une certaine primauté : Rome est la première des Églises.
Le cinquième chapitre nous fournit un témoignage sur le martyre de saint Pierre et de saint Paul et confirme la thèse du voyage de Paul en Espagne [21] : Paul « a atteint les bornes de l’Occident ».

CONCLUSION : PHYSIONOMIE MORALE DE SAINT CLEMENT

Il est dans la Règle de saint Benoît un emprunt quasi littéral à la lettre de Clément aux Corinthiens : un zèle qui conduit à la mort (ch. 72 de la Règle et ch. 9 de Clément). De plus, comme dans le Prologue de saint Benoît, le psaume 33 se trouve longuement cité au ch. 22 de l’épître aux Corinthiens : « Venez, mes fils, écoutez-moi Je vous enseignerai la crainte du Seigneur ».
Ce sont là de menus rapprochements, mais il est tentant d’esquisser un parallèle entre ces deux grandes figures religieuses : Clément et Benoît. Chez l’un comme chez l’autre domine la crainte de Dieu. Cette crainte est maîtresse d’humilité, elle engendre le respect de Dieu, respect qui s’exprime en louange, elle fait naître aussi le respect des hommes qui est à la base de la discrétion, de la modération, dans le beau sens religieux de ces mots.
D’une plume ferme, Clément a retracé le programme de la charité fraternelle, de la concorde. Que l’ordre règne dans l’Église de Dieu comme il règne dans la nature créée par ses mains douces et puissantes. Ainsi Benoît demandera que tout soit en ordre dans « la maison de Dieu » sagement administrée.
Saisi profondément par l’idée de la grandeur de Dieu, Clément ne l’est pas moins par celle de sa munificence : nous sommes comblés des dons divins et par des voies multiples, la bénédiction de Dieu vient à nous, mais elle nous vient surtout par notre grand-prêtre, Jésus-Christ, le sceptre de la majesté de Dieu.
Attentif par dessus tout aux leçons que nous donne l’Ecriture, Clément, tout à la fois Juif et Romain, ne rejette pas l’héritage cultuel des écrivains profanes, il demeure sensible au spectacle grandiose de l’univers, il aime l’ordre et la paix et conserve tout son loyalisme à l’égard des autorités établies, si injustes soient-elles.
Nous percevons dans l’âme religieuse de Clément un tel équilibre des plus hautes valeurs humaines et religieuses que nous nous sentons dominés par la grandeur de cette majestueuse figure : tout y est sérénité, sagesse, modération, intelligence, charité.

Sources :

Soeur Gabriel Peters, Lire les Pères de l’Église. Cours de patrologie, DDB, 1981.
Avec l’aimable autorisation des Éditions Migne.

[1] Voir P. Batiffol, L’Église naissante et le catholicisme, Paris, 1909, p. 146.

[2] H.E., IV, 22, I.

[3] Après l’incendie de 1823, on remplaça les anciennes peintures si vénérables par les actuelles mosaïques qui représentent toute la succession des papes. Quarante portraits (fresques) conservés datent du temps de saint Léon (ils ont été restaurés au IXe et au XVIIIe s.). On les a relégués dans la galerie du premier étage du monastère.

[4] Le Liber Pontificalis est un recueil des biographies des papes. Il s’arrêtait au IXe s., on le poursuivit jusqu’au XVe s.

[5] Voir J. Lebreton, Histoire du Dogme de la Trinité, Paris, 1928, tome 2, p. 281.

[6] Voir Origène, Commentaire sur saint Jean, 6, 36.

[7] Les chrétiens étaient traités d’athées parce qu’ils n’adoraient pas les dieux de l’Empire.

[8] Pour de plus amples détails, lire l’article consacré à Clément dans la Vie des Saints par les Pères bénédictins de Paris, Paris, 1954, novembre, p. 774 et sv.

[9] Saint Clément aurait vu un agneau lui indiquant de la patte, l’endroit où il devait faire jaillir l’eau pour les chrétiens assoiffés.

[10] Il serait intéressant de faire ici un rapprochement avec saint Benoît.

[11] En ce qui concerne l’insistance de Clément sur la crainte de Dieu et sur l’humilité, il est normal qu’un moine songe à un rapprochement avec la Règle de saint Benoît.

[12] Il faut relever tout au long de l’épître combien cette pensée est habituelle et chère à Clément.

[13] Cf. Irénée de Lyon : « Quant à l’homme, c’est de ses propres mains (i.e. le Fils et l’Esprit Saint) que Dieu le façonna en prenant de la terre ce qu’il y a de plus pur et de plus fin et en mélangeant dans une juste mesure sa puissance avec la terre… il dessina sur la chair façonnée sa propre forme de sorte que même ce qui est visible portât la forme divine (Démonstration, 11).

[14] Service divin, le mot grec utilisé est leitourgia (liturgie).

[15] Voir Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit, ch. 29,SC n° 17, p. 248.

[16] On la trouve citée dans Prières des premiers chrétiens d’Hamman, p. 60 à 64, Paris, 1951.

[17] Voir J. Lebreton, Histoire du Dogme de la Trinité, Paris, 1928, tome 2, p. 280.

[18] Cf. Irénée de Lyon, Adv. haer., 3, 3 : « Qu’un tel Dieu créateur du ciel et de la terre soit annoncé par les Églises comme étant aussi le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, tous ceux qui le veulent peuvent le constater d’après cet écrit même (la lettre de Clément de Rome). »

[19] Il s’agit de l’Ancien Testament.

[20] Voir G. Bardy, La vie spirituelle d’après les Pères des trois premiers siècles, Paris, 1935, p. 53. Réédition en 1968, Desclée, Tournai. Le beau chapitre sur Clément de Rome est à lire.

[21] Un très ancien catalogue des livres du N.T. (publié en 1740 par Muratori et appelé, pour ce motif, Canon de Muratori) qui date d’avant l’an 200, nous parle du voyage de Paul en Espagne : « Luc laisse de côté la passion de Pierre et le voyage de Paul en Espagne ». - Dans l’épître aux Romains, Paul parle de son projet d’aller en Espagne : « J’ai un vif désir d’aller chez vous quand je me rendrai en Espagne » (l5, 24 et 28).

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