Samedi 25 octobre 2008 — Dernier ajout mardi 4 mai 2010

Les Pères apostoliques (V) : La Didachè

Cours de patrologie de soeur Gabriel Peters o.s.b., chapitre 2

Vous trouverez ici le chapitre sur la Didachè publié dans le manuel de patrologie de Soeur Gabriel Peters. Les Pères apostoliques sont ceux qui sont réputés avoir connu les apôtres.

I. La découverte de la Didachè

II. Aperçu sur le contenu de la Didachè

- 1. Le Duae Viae
- 2. Instructions diverses
- 3. Nouvelles instructions
- 4. La conclusion : Veillez III. Importance de la fixation de la date

IV. Le bilan de 75 ans de critique

V. Le renouvellement de la question par l’importante étude d’Audet

- 1. La mise au point du genre littéraire exprimé par le titre
- 2. Les étapes de la composition littéraire
- 3. La date proposée
- 4. Le lieu d’origine

VI. Préparation à la lecture de la Didachè

- 1. Le Duae Viae
- 2. L’instruction sur l’eucharistie
- 3. Quelques points importants
- 4. La conclusion : Veillez

Conclusion : Importance de la Didachè

  • Réunissez-vous le jour du Seigneur, rompez le pain et rendez grâces après avoir d’abord confessé vos péchés, afin que votre sacrifice soit pur.
    (14,1)

I. La découverte de la Didachè


En 1873, au couvent du Saint Sépulcre de Constantinople, le métropolite [1] de Nicomédie, Philotée Bryennios, feuilletait un manuscrit daté de 1056. À la suite d’écrits de s. Jean Chrysostome et des deux lettres dites de s. Clément [2], il y trouva un écrit intitulé :
Διδαχὴ τῶν δώδεκα ἀποστόλων
ce que l’on traduisit : La Doctrine des Douze Apôtres. Un second titre, plus long, semblait expliciter le premier :
Doctrine du Seigneur enseignée aux nations par les douze Apôtres.
Le couvent de Constantinople dépendant du patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem, le manuscrit y fut transféré et prit par conséquent le nom de Hierosolymitanus désigné sous le sigle H. 54.

En 1883, parut l’édition princeps. La diffusion du petit, ouvrage suscita, dans tous les milieux savants, un enthousiasme fiévreux difficile à décrire. Il semblait que tous les problèmes (concernant le baptême, l’Eucharistie, la prédication apostolique et la fixation du texte des Évangiles, la hiérarchie de l’Église primitive, etc… ), allaient être remis en question à la lumière de ce petit volume enfin sorti de l’obscurité. Notre époque a connu un phénomène semblable à la suite de la découverte des manuscrits du désert de Juda en 1947.
Le livret de la Didachè ne se présentait pas comme un inconnu : une liste d’écrits chrétiens, dressée par Eusèbe de Césarée († 339) le mentionnait, le mettant au rang des apocryphes, tout comme le Pasteur d’Hermas, l’Épître attribuée à Barnabé et l’Apocalypse de Jean. [3] Saint Athanase, écrivant en 367, nous apprend dans la Lettre festale 39 que la Didachè est depuis longtemps utilisée en Égypte pour la formation des catéchumènes.
De plus, à la lecture du texte, on crut reconnaître que de très nombreux auteurs le citaient. Parmi ces auteurs, nommons seulement les plus anciens : le pseudo-Barnabé et Hermas. La Didachè leur était donc antérieure ? Mais si l’auteur de la Didachè avait au contraire copié lui-même le pseudo-Barnabé, et Hermas ?
On le voit, les questions vont surgir : date, lieu d’origine, portée de l’écrit… Le texte seul apportera les réponses. Prenons-en rapidement connaissance.

II. Aperçu sur le contenu de la Didachè

Vient d’abord le double titre.
Ensuite, on a pu diviser le texte en seize chapitres.

  • 1. Le « Duae Viae » (6 chapitres)

Voici la toute première phrase :

  • Il y a deux chemins, un de la vie et un de la mort. L’écart est grand entre ces deux chemins.

Les six premiers chapitres développent cette introduction. On les appelle communément le Duae Viae : les deux voies.
Le développement consacré au « chemin de la vie » est long : 4 chapitres. Au contraire, celui qui parle du « chemin de la mort » est très bref : le seul chapitre 5. Le chapitre 6 est la conclusion du Duae Viae. En voici le début :

  • Veille à ce que nul ne te détourne de cette voie de la Didachè, car celui-là te propose un enseignement étranger à Dieu.

Il est remarquable que les emprunts ou les prétendus emprunts faits à la Didachè sont presque tous pris à ces chapitres : c’est le cas des emprunts du pseudo-Barnabé et d’Hermas.

  • 2. Instructions diverses (7-11, 2)
  • Instruction sur le rite du baptême : « Baptisez ainsi » (ch.7)
  • Instructions sur les jeûnes hebdomadaires : il est demandé de se différencier des Juifs (8, 1)
    et sur la prière quotidienne le Pater qui est cité (8, 2-3)
  • Instruction sur l’Eucharistie : des prières eucharistiques très belles, formules de bénédiction sont citées (9 et 10)
  • Mise en garde contre des instructions contraires (11, 1-2).
    Cette mise en garde semble bien être une finale, une conclusion :
  • Si quelqu’un donc se présente à vous avec des instructions conformes à tout ce qui vient d’être dit, recevez-le, mais si celui-là même qui enseigne est perverti et propose d’autres instructions dans le but de démolir, ne lui prêtez pas attention ; enseigne-t-il au contraire en vue d’accroître la justice et la connaissance du Seigneur, recevez-le comme le Seigneur.

3. Nouvelles instructions

relatives surtout à l’organisation des communautés :

  • Conduite à tenir à l’égard des apôtres (11, 3-6) et des prophètes (11, 7-12)
  • Les devoirs de l’hospitalité (12, 1 - 13, 2)
  • L’offrande des prémices aux prophètes (13, 3-7)
  • La synaxe dominicale (14, 1-3)
  • Le choix des évêques et des diacres (15, 1-2)
  • La correction fraternelle (15,
  • La prière, l’aumône et les autres pratiques (15, 4)

4. Conclusion : « Veillez » (16, 1-8)

  • L’attente du retour du Seigneur.

III. Importance de la fixation de la date

Après 75 ans de critique, aucun consentement général n’étant intervenu, il n’y a pas encore de solution définitive. La question majeure qui retient l’attention de tous est celle de la fixation de la date de l’écrit. L’énoncer, c’est dire son importance :

  • Ou bien l’ouvrage remonte à une date très ancienne et, en ce cas, il est pour nous un écrit très précieux, un document historique de premier ordre qui nous renseigne sur l’Église primitive,
  • ou bien - et cela dans l’hypothèse où le pseudo-Barnabé et Hermas seraient copiés par l’auteur de la Didachè cet écrit nous trompe et il n’est qu’une fiction littéraire archaïsante, une fiction apostolique. Il n’est plus alors qu’un curieux objet d’étude.

D’où viendra la réponse ? Du texte seul. La date de la Didachè ne peut être que la résultante d’indices majeurs convergents dispersés dans le texte.

IV. Le bilan de 75 ans de critique

Les travaux de base qui ont orienté toutes les recherches postérieures sont ceux de Bryennios et d’Harnack : or, tous deux définissent clairement le genre littéraire de la Didachè en se basant sur son titre et sur son titre long. Nous citons une formule d’Harnack qui traduit parfaitement sa conception : après avoir dit que le deuxième titre est naturellement le plus ancien, il ajoute : « Rédigé à l’intention des convertis de la gentilité, l’écrit est véritablement, comme le déclare son titre, un précis de l’enseignement reçu du Christ et donné à la communauté des chrétiens sur tout ce qui regarde la vie chrétienne et ecclésiale, tel que, dans la pensée de l’auteur, les douze apôtres l’ont eux-mêmes prêché et transmis » [4].

Restait à bien déterminer les rapports littéraires entre la Didachè et l’Epître dite de Barnabé. « On doit dire, sans hésiter, que c’est l’auteur de la Didachè qui a utilisé l’Epître de Barnabé », conclut Harnack [5].

Tel ne fut pas l’avis de tous, loin de là. Et Lightfoot a cette réflexion qui ne manque pas de sagesse : « Quand je vois deux groupes de critiques maintenir chacun avec une égale assurance et avec quelque apparence de raison, l’un que Barnabé emprunte à la Didachè, l’autre que la Didachè dépend de Barnabé, une troisième solution me vient à l’esprit qui me semble plus probable que l’une et l’autre. Ne se peut-il qu’aucun des deux ne plagie l’autre, mais que tous deux tiennent ce qu’ils ont de commun d’une troisième source ? » [6].

Lightfoot d’ailleurs conclut son étude de la Didachè par une position assurée : « De toute évidence, l’ouvrage remonte à une date très ancienne » [7].

Harnack et Lightfoot sont comme deux chefs de file derrière lesquels se rangeront les savants, ajoutant à la thèse première le poids de leurs recherches personnelles. Mais le dernier mot n’est pas dit encore et, à l’époque actuelle, l’incertitude demeure et la défiance domine : cette fiction archaïsante serait à dater, dit-on, de la fin du deuxième siècle et non pas de la fin du premier, comme osent le proposer encore quelques conservateurs attardés.
Une minutieuse et très importante étude du Père Audet [8] parue en 1958, renouvelle entièrement le problème de la Didachè. Nous présentons ici son point de vue, sans vouloir prendre position, nous efforçant de faire la synthèse de ses conclusions.

V. Le renouvellement de la question par l’importante étude d’Audet

  • 1. La mise au point du genre littéraire exprimé par le titre
  • Premier titre : La doctrine des douze Apôtres
    L’écrit est bien peu doctrinal. Il suffit de relire le plan : pas trace de kérygme, c’est-à-dire de prédication, d’enseignement, de proclamation de l’avènement du règne de Dieu, d’annonce de la bonne nouvelle de l’Évangile [9].
    Ce qui ressort de tout l’écrit, c’est un souci d’organiser la communauté : préceptes moraux qui dominent dans le Duae Viae, rites du baptême, réglementation de l’Eucharistie, prières et jeûnes prescrits, élection des presbytres et diacres, règles de l’hospitalité, etc…

Le contenu de la Didachè ne correspond donc nullement à son titre.

Aussi bien faut-il remarquer que les deux attestations les plus anciennes de notre écrit l’intitulent, l’un en latin, l’autre en grec : Doctrinae Apostolorum, Διδαχαὶ τῶν ἀποστόλων (au pluriel et non au singulier). Ce sont le pseudo-Cyprien [10] qui écrit sans doute vers 300 et Eusèbe de Césarée [11] qui écrit vers 315-325. Vers l’an 600, une liste de livres canoniques reprend le même titre qui, entre temps, a été cité au singulier sous la forme de Didachè et traduit Doctrina. A mesure que l’écrit sort de ses conditions de vie, on ne le comprend plus.
Le sens du pluriel est cependant bien différent de celui du singulier. Il s’agit des « instructions » des apôtres. Et cette fois, le contenu est d’accord avec le titre. Ce livre est bien un recueil d’instructions diverses qui se lient les unes aux autres sans transitions habilement ménagées, comme des pièces détachées. Si l’on veut bien comprendre le genre littéraire de notre Didachè, il suffit de comparer l’écrit aux chapitres 7 à 14 de la première épître aux Corinthiens : là aussi, nous trouvons une série d’instructions, de mises au point de problèmes moraux ou liturgiques : peut-on se marier ? Peut-on manger les viandes immolées aux idoles ? Quelle doit être, à l’assemblée, la tenue des femmes ? Comment célébrer le « Repas du Seigneur » ?
Deuxième remarque importante : il ne s’agit nullement des Douze, mais simplement d’apôtres au sens beaucoup plus large du mot, tel qu’on le trouve dans la première épître aux Corinthiens :

  • Il en est que Dieu a établis dans l’Église premièrement comme apôtres, deuxièmement comme prophètes, troisièmement comme docteurs… Tous sont-ils apôtres ?
    1 Co 12, 28

Et sur ce point, le témoignage des sources est unanime. Jusqu’au IXè s., toujours il s’agit de la Didachè « d’apôtres ». Seuls, le manuscrit du XIè s. et une version géorgienne découverte en 1932 (copie d’un manuscrit du XIXe s.) parlent des « douze apôtres ».
Des apôtres, missionnaires itinérants, chargés du ministère des Églises, en prévoient l’organisation : telle est la portée de la Didachè qui est un directoire.

  • Deuxième titre : Doctrine du Seigneur enseignée aux nations par les douze Apôtres.

C’est le titre du manuscrit du XIè s., découvert par Bryennios et publié en 1883. On n’en trouve pas d’autre témoin. Il doit cependant avoir une origine et une explication. Audet y voit l’amplification toute arbitraire d’un titre primitif - Doctrine du Seigneur aux nations qui serait bel et bien un second titre : celui du seul Duae Viae dont nous dirons plus loin qu’il est un écrit juif intégré à la Didachè. Ce titre le caractérise en effet au mieux.

Didachè Kuriou : le Kurios (Seigneur), c’est Dieu, le Dieu de l’Ancien Testament, et non pas Jésus. L’absence de l’article (Kuriou et non pas tou Kuriou) est, sur ce point, révélateur. Due à une main chrétienne, une telle omission serait un archaïsme caractérisé.

Remarquons encore que si les deux titres sont primitifs :
titre de l’ensemble, suivi du
titre du Duae Viae,
il est de toute évidence que le premier titre ne peut être qu’au pluriel : le Duae Viae est la première d’une série d’instructions. Aussi la clausule du chapitre 11 parle d’instructions, au pluriel. Audet a corrigé le texte de l’édition princeps sur ce point, se basant sur une ancienne version copte qui date du Vè s. :

  • Si quelqu’un se présente à vous avec des instructions conformes à tout ce qui vient d’être dit, recevez-le… s’il propose d’autres instructions, ne lui prêtez pas attention… 11, 1-2.
  • 2. Les étapes de la composition littéraire

Sans entrer dans le détail d’une minutieuse analyse, nous nous contenterons d’indiquer ici « Ies grandes nervures de l’écrit » [12]. Trois couches rédactionnelles seront ainsi distinguées.

  • a) On remarque, dispersés dans les « passages-vous », un certain nombre de « passages-tu » qui ont leurs particularités propres et spécialement une tournure casuiste qui est en vif contraste avec la simplicité des « passages-vous ». Ils ont toutes les apparences d’additions faites après coup.
    Nous mettons à part le Duae Viae qui a son origine propre.

Voici, à titre d’exemple, un « passage-tu » ajouté postérieurement à un « passage-vous ». Ce dernier a réglementé avec simplicité le rite baptismal :

  • Au sujet du baptême, baptisez ainsi, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une eau courante. 7, 1

Un « passage-tu » répond aux difficultés qui se sont posées :

  • Si toutefois tu n’as pas d’eau courante, baptise dans une autre eau, et si l’eau froide est exclue, dans de l’eau chaude. A défaut de l’une et de l’autre, verse trois fois de l’eau sur la tête, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Avant le baptême, que le baptisant, le baptisé, et d’autres qui le pourraient observent d’abord un jeûne ; au baptisé, tu dois imposer un jeûne préalable d’un ou de deux jours. 7, 2-4
  • b) Nous citions plus haut les versets 1 et 2 du chapitre 11. Pris dans son sens naturel ce passage - et le fait fut reconnu bien avant l’étude d’Audet [13] - ne peut être que la conclusion de tout ce qui précède. En fait, cette clausule fut, purement et simplement, à l’origine, la conclusion de la Didachè qui n’allait pas plus loin. C’est sous la pression de conditions nouvelles dans la communauté que la forme primitive (1 à 11, 2) aurait reçu une longue addition (11, 3 à 16, 18).
    Ainsi s’expliquent au mieux plusieurs sortes de répétitions qui de tous temps ont surpris les lecteurs attentifs. Pour en donner un exemple : on ne voit pas pourquoi, en dehors de cette perspective, il est traité de l’Eucharistie au chapitre 14, alors qu’on en avait traité longuement aux chapitres 9 et 10.

Nous pouvons dès maintenant résumer ainsi la conclusion qui s’impose :
La Didachè comprend
1 - une forme première de la Didachè = D. 1.
2 - une forme amplifiée = D. 1 + D. 2.
3 - des interpolations (surtout les « passages-tu ») = I. La rédaction définitive = D. 1 + D. 2 + I.

  • c) Voici en outre une remarque très importante mise en valeur par Audet : elle souligne la différence entre D. 1 et D. 2.

Dans D. 1, les appels à l’autorité du Seigneur se présentent comme suit :

  • (Priez) comme le Seigneur l’a demandé dans son évangile. 8, 2
  • A ce propos le Seigneur a dit : ne donnez pas aux chiens les choses saintes. 9, 5

Et dans D.2 :

  • Au sujet des apôtres et des prophètes, suivez la règle de l’Evangile. 11, 3
  • Reprenez-vous dans la paix, comme vous l’avez dans l’Évangile. 15, 3
  • Pour vos prières, vos aumônes et toutes vos actions, faites comme vous l’avez dans 1’Evangile de notre Seigneur. 15, 4

Dans D.1, les deux appels sont au passé (aoriste et parfait) et ne contiennent « aucune allusion perceptible à un écrit évangélique » [14]. Dans D.2, au contraire, après 11, 3 assez neutre, deux appels font, au présent, « une allusion directe à un Évangile qui, dans ces conditions, ne peut être qu’un Évangile écrit » [15].
Voici comment Audet explique ce fait : entre DA et D.2, est intervenue la diffusion - sinon la rédaction - d’un écrit évangélique dans les communautés auxquelles était destinée la Didachè.

  • 3. La date proposée

La date de la Didachè est inscrite dans son texte. Elle est la résultante d’indices convergents. « Cette date n’est pas quelque part, elle est partout » [16].

Relevons les principaux arguments qui vont amener Audet à proposer comme le fit jadis Lightfoot [17], une date très ancienne.

  • a) Une analyse attentive du Duae Viae prouve que l’écrit est spécifiquement juif. Le Didachiste [18] l’a à peine christianisé au moyen d’une interpolation que chacun reconnaît à première vue (1, 3 à 2, 1). Or un emprunt chrétien au prosélytisme juif ne peut avoir été fait qu’à une époque relativement très ancienne.
  • b) Les prières eucharistiques sont judéo-chrétiennes. Elles sont certes très anciennes et surgies en droite ligne de la littérature juive. Mais, puisqu’elles constituent une citation, il est clair que l’âge d’un recueil est celui de ses éléments les plus récents et non celui de ses citations. Voici cependant un fait remarquable : les rubriques (9, 1 - 9, 5 - 10, 1 - 10, 7) qui accompagnent ces prières témoignent, elles aussi, en faveur d’une époque très ancienne.
  • c) La Didachè est rédigée au temps du ministère des apôtres, des prophètes et des docteurs (11, 3 à 12 et 13, 1-2). Ce sont là des composantes juives. L’analogie avec la situation décrite dans les Actes des Apôtres et dans les épîtres pauliniennes est évidente.
    Précisons davantage : la situation est identique à celle que supposent les Epîtres pastorales. Nous sommes à un point de transition : au ministère itinérant des apôtres, des prophètes et des docteurs va s’ajouter celui des évêques et des diacres. Les évêques et les diacres sont créés en vue d’une suppléance parallèle au ministère itinérant, et cette suppléance est exigée par les réunions eucharistiques (15, 1-2) [19].
  • d) L’expression qui se trouve au chapitre 16, verset 2 : « tout le temps de votre foi ne vous servira de rien… », suppose les premières générations chrétiennes venues à l’Évangile comme en cours de route et espérant pour le proche avenir une entrée collective dans le royaume du Seigneur [20].
  • e) Tout l’écrit se caractérise par un ton de simplicité archaïque qui suggère le temps de la première expansion dans la gentilité.
  • f) La Didachè est contemporaine des premiers écrits évangéliques. Les extraits cités sont apparentés à la tradition de Mt [21].
  • g) L’interpolation (passage-tu) du chapitre 6, verset 3 :
  • Quant aux aliments, prends sur toi ce que tu pourras porter, mais abstiens-toi absolument des viandes offertes aux idoles :

vise une situation réelle identique à celle que supposent les textes pauliniens 1 Co, 8, 10 ; Ro, 14 ; Col, 2, 16 ; 20-23 et 1 Tim, 4, 3. Or les interpolations marquent évidemment la date ultime de la composition de la Didachè.

En conclusion, Audet pense devoir assigner comme date ultime de la composition de la Didachè l’année 70 ; pour lui, c’est entre les années 50 et 70 que se place la rédaction finale. Il est parfaitement conscient que tels savants, - Bardy par exemple -, ont considéré le fait de proposer une date aussi ancienne comme une « impertinence » mais, dit-il, « il faut en juger sur les faits » [22].

  • 4. Le lieu d’origine

Il serait utopique de s’efforcer de le préciser ! Mais ceci du moins peut être affirmé :

1. Les églises pauliniennes sont exclues.
2. L’écrit a dû s’adresser au milieu du prosélytisme juif car :
le Duae Viae est juif.
les prières eucharistiques sont d’origine palestinienne.

On pourrait donc supposer un milieu tel que la Syrie, l’Église d’Antioche par exemple.

VI. Préparation à la lecture de la Didachè

  • 1. Le « Duae Viae »

La forme du Duae Viae est très complexe. Une étude attentive de son texte distingue, dans un ensemble composite, trois instructions, différentes par leur origine, leur destination, leur structure et leur contenu.

Le Duae Viae n’est nullement une composition du Didachiste ; tout y est spécifiquement juif. Le Didachiste a pris tel quel ce recueil de trois didachai juives et il les a christianisées en y insérant une longue interpolation empruntée à la tradition évangélique du Sermon sur la Montagne (Didachè, 1, 3 à 2, 2).

La situation littéraire du Duae Viae dans l’ensemble de la Didachè ne diffère en rien de celle du Pater ou des prières eucharistiques : c’est une simple citation.

L’examen du texte a le grand avantage de nous montrer concrètement le rapport de la filiation du christianisme au judaïsme en terre païenne. C’est un témoignage parmi tant d’autres de la manière dont toute une littérature s’est alors formée [23].

  • Première instruction : 1, 2 et, après la longue interpolation, 2, 2-7 = L’instruction aux gentils.

Toute cette première instruction est coulée dans la forme la plus dépouillée du style légal : Tu aimeras…, tu ne tueras point… : ce sont les impératifs de la Loi. Une nuance de réflexion sapientielle est jetée sur cet ensemble par l’énoncé de la Règle d’or :

  • Ce que tu ne voudrais pas qu’il te soit fait, toi non plus ne le fais pas à autrui. 1, 2

On sait que le premier énoncé de la Règle d’or se trouve dam le testament sapientiel de Tobie à son fils :

Ce que toi-même tu n’aimes pas, ne le fais pas à autrui. Tb 4, 15.

L’Evangile a retenu de l’enseignement de Jésus une forme positive de la même Règle d’or :

  • Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous aussi pareillement pour eux : voilà la Loi et les prophètes. Mt 7, 12
  • Comme vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites le semblablement pour eux. Lc 6, 13

L’interpolation : 1, 3 à 2, 2.

  • Bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour vos ennemis…

Nous sommes ici dans la tradition évangélique du Sermon sur la montagne. L’interpolation est certainement due à une main chrétienne. Elle manque dans plusieurs des témoins du texte du Duae Viae pris isolément. Impossible d’identifier l’emprunt : Matthieu ? Luc ? Texte évangélique perdu ? Peut-être n’y a-t-il aucun emprunt à un écrit, mais vivante tradition orale qui se fixe par écrit. Audet est formel l’emprunt est antérieur à Matthieu.

  • Deuxième instruction 3, 1-6 = L’instruction du sage.
  • Mon fils, évite tout ce qui est mal et tout ce qui en aurait jusqu’à l’apparence… mon fils, ne sois pas menteur… mon fils, ne sois pas amer… [24]

Le style s’est adouci, il a changé du tout au tout. Tout le passage est très concerté : après l’introduction générale, viennent cinq petites unités toutes construites sur le même canevas, et cela jusque dans le détail de la phrase. La composition est évidemment mnémotechnique. Pour une large part, cette instruction est un doublet de la précédente. Elle énumère les interdictions du Décalogue. C’est une adaptation sapientielle du Décalogue, c’est le savoir-vivre selon la crainte de Dieu.

  • Troisième instruction : 3, 7 - 4, 14 = L’instruction aux pauvres ou la Règle des pauvres.

Nouvelle rupture littéraire, nouveau changement de style. Il y a reprise des impératifs, mais ce n’est plus Dieu qui est censé parler comme dans l’instruction aux gentils. C’est, dans le style didactique des sages, l’impératif d’exhortation, beaucoup moins abrupt, avec un ton d’intimité communicative. On respire une autre atmosphère tout aussi reconnaissable que celle qui a permis de discerner, dans le recueil des psaumes, la contribution des anâwîm. Quiconque a fréquenté ce monde avec une certaine assiduité ne peut s’y méprendre : on appartenait au groupe des anâwîm, diffus dans tout le judaïsme, quand on commençait à faire de son humilité de condition sociale et économique une humilité de cœur dont se nourrissait l’espoir en Dieu dans l’attente de la venue du Royaume. C’est à ces pauvres que s’est attaché Luc en quelques-uns de ses plus beaux récits, principalement ceux de l’enfance de Jean et de Jésus. C’est à eux qu’est adressée la première béatitude (Mt et Lc).
Dès le début, l’instruction est caractérisée :

  • Fais de toi un doux, car les doux recevront la terre en héritage. 3, 7

C’est la mansuétude des pauvres avec le mystérieux héritage, leur plus grand espoir. Ce qui va suivre, c’est l’appel à la longanimité, à la patience, à la pitié, à la paix, à la bonté, l’accueil déférent à la « parole ».

  • Reçois toujours en tremblant (de révérence) les paroles que tu as entendues. 3, 8

Il est évident que l’on a rapproché 3, 7 : « Les doux recevront la terre en héritage » de la béatitude de Mt 5, 5 et le rapprochement s’impose. Mais l’une et l’autre de ces sentences s’enracinent dans le psaume 37 (Vulg. 36), une des prières des anâwîm :

  • Encore un peu et plus d’impie,
    Tu t’enquiers de sa place,
    il n’est plus mais les doux posséderont la terre
    réjouis d’une grande paix.
    Mansueti autem heraditabunt terram
    et delectabuntur in multitudine pacis.
    Ps 37, 11

« Quelles rencontres ! » s’exclame Audet [25], soulignant que c’est la venue du Messie qui seule donne tout son sens à la grande promesse :

  • L’Esprit du Seigneur est sur moi, car Yahvé m’a oint.
    Il ma envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres. Is 61, 1

Ainsi, dans l’évangile de Luc, Jésus inaugure-t-il son enseignement dans la synagogue de Nazareth.

Nous nous sommes un peu attardés à caractériser l’instruction aux pauvres à cause de sa résonance religieuse. Pour le même motif, nous en citons, dans la traduction d’Audet, l’un ou l’autre passage :

- Tu ne fieras pas ta vie au monde des grands, mais à la voie des justes et des humbles.
Tu accueilleras les événements de la vie comme autant de biens, sachant que Dieu n’est étranger à rien de ce qui arrive. 3, 9-10

  • Mon fils, de celui qui te propose la parole du Seigneur, tu te souviendras nuit et jour et tu l’honoreras comme le Seigneur, car là où sa souveraineté est proclamée, le Maître est présent.
    Tu rechercheras chaque jour la compagnie des saints pour trouver appui dans leurs paroles. 4, 1-2
  • Tu ne feras pas acception des personnes dans la correction des fautes. 4, 3
  • N’aie pas toujours les mains tendues pour recevoir, mais repliées au moment de donner. 4, 5
  • Tu mettras toutes choses en commun avec ton frère et tu ne déclareras pas qu’elles sont à toi, car si vous partagez les biens de l’immortalité, à combien plus forte raison devez-vous le faire pour les biens corruptibles. 4, 8

Citons encore, dans un autre ordre d’idées :

  • Dans l’assemblée, tu feras l’exomologèse (= la confession) de tes péchés et tu n’iras pas à la prière avec une conscience mauvaise. 4, 14

Le chemin de la mort : 5, 1-2

5, 1 est la contrepartie de l’instruction aux gentils. C’est une liste, un « catalogue de péchés ».

5, 2 est la contrepartie de l’instruction aux pauvres. Une lecture attentive suffit à différencier ces deux parties du « chemin de la mort ».

Il n’ y a donc pas déséquilibre entre la présentation littéraire du chemin de la vie et celle du chemin de la mort. Les deux tableaux se correspondent comme dans un diptyque. Certes, la description du chemin de la mort est beaucoup plus brève, mais celle du chemin de la vie n’était guère plus longue à l’origine puisqu’il faut en supprimer l’interpolation chrétienne et l’instruction au sage.

Il nous reste à dire que le Duae Viae fut utilisé dans l’Église pour la formation des catéchumènes. Nous lisons dans la Didachè 7, 1 : « pour le baptême, donnez-le de la manière suivante après avoir enseigné tout ce qui précède ». C’est une attestation, mais elle n’est pas primitive : la critique textuelle reconnaît en elle une interpolation tardive, étrangère au Didachiste ; elle date sans doute du 3e siècle. Rappelons que saint Athanase en 367 nous apprenait dans sa lettre festale 39 que la Didachè était depuis longtemps utilisée en Égypte pour la formation des catéchumènes. Il est évident qu’il s’agit ici du Duae Viae, encore que saint Athanase connaisse sans doute l’ensemble du texte, car il recommande les « prières eucharistiques » comme prières du matin.

Parcourons à grands pas la Didaché, nous attachant à en suivre le plan.

Les instructions diverses du chapitre 7 à 11, 2

  • L’instruction sur le rite du baptême : 7, 1 suivi de I’interpolation 7, 2-4 (passage-tu) :
  • Baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit dans de l’eau courante. 7, 1

Devant cette formule baptismale trinitaire, nous nous sentons devenir méfiants… : elle ne peut être très ancienne…
Sans rappeler tout ce qui a été dit ici dans l’étude du symbole des Apôtres qui nous a donné des témoignages très anciens de textes trinitaires, citons Audet, mot à mot :
« Dans ce rite si simple et d’allure si primitive, la formule baptismale représente-t-elle une théologie relativement évoluée ?…
Sommes-nous bien sûrs, d’abord, d’être justifiés de parler ici sans réserves d’une formule trinitaire ?
Elle l’est pour nous sans aucun doute. Mais il n’est pas dit qu’elle l’ait été tout à fait dans le même sens et au même degré à l’origine… Selon toutes apparences, la formule n’est pas descendue de la « théologie » vers le rite : elle est montée au contraire, du rite et de l’action pastorale qui l’entourait vers la « théologie », à mesure que le changement des conditions générales dans l’Église s’y est prêté ou même l’a exigé (comparer l’évolution des confessions de foi primitives… vers les symboles conciliaires jusqu’au symbole pseudo-athanasien). Or l’action pastorale qui, à l’origine, a entouré et presque seule, le rite du baptême, n’a été rien d’autre que l’annonce évangélique » [26].

Audet montre alors longuement que toute l’annonce évangélique est « trinitaire », non pas certes qu’elle analyse la vie de la Trinité, les rapports entre les personnes divines, etc…. mais qu’elle se réfère continuellement au Christ, Fils du Père, qui nous envoie l’Esprit. Enfin, il nous renvoie au texte « baptismal » de la 1re épître aux Corinthiens, 6, 11 : « Vous vous êtes lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés par le nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu ». Un tel texte est lui aussi « trinitaire ». S’il a fallu insister sur ce point, c’est parce qu’il est contesté.

  • L’instruction sur les jeûnes hebdomadaires, 8, 1
  • Que vos jeûnes n’aient pas lieu en même temps que ceux des hypocrites…

Nous avons ici un triste présage du mouvement qui aboutira à la littérature « contre les Juifs ». La conscience de la séparation et de la rupture s’intensifie.

  • L’instruction sur la prière quotidienne, 8, 2-3

Suivant une association traditionnelle, l’instruction sur la prière est étroitement soudée à l’instruction sur le jeûne et elle respire le même esprit :

  • Ne priez pas non plus comme font les hypocrites. 8, 2

La même recommandation se trouve dans l’évangile de Matthieu 6, 5. Par contre, il est clair que dans la Didachè, adressée aux gentils, il n’est nulle trace de la recommandation parallèle de Matthieu : « Ne rabâchez pas comme les païens » !

  • Mais comme le Seigneur l’a demandé dans son évangile, priez ainsi : Notre Père… 8, 2

Le texte du Pater est quasi identique à celui de Mt 6, 9-13, sauf quelques menues variations de formules et l’addition d’une doxologie :

  • … mais délivrez-nous du mal. Car à toi appartiennent la puissance et la gloire dans les siècles.

Voici les variantes du Pater :

Didachè Matthieu
qui es au ciel …aux cieux
remets-nous notre dette … nos dettes
comme nous remettons … avons remis

« Ailleurs, de telles variantes pourraient être sans portée. Mais le Pater est un texte liturgique, témoin ici même la doxologie finale. Si le didachiste l’avait emprunté à Matthieu, il est peu probable qu’il ait voulu le modifier. Il serait allé contre un usage reçu et contre le plus tenace des usages : l’usage liturgique » [27].

  • 2. L’instruction sur l’Eucharistie, 9 - 10.

L’instruction sur l’Eucharistie clôt le recueil de la Didachè en son premier état. Ainsi, avec une symétrie parfaite, l’instruction sur la vigilance (invitation à une synaxe de vigile) clôt la Didachè en son deuxième état. [28]

Les prières eucharistiques sont très anciennes et très belles. Elles ont été étudiées avec des résultats bien divers depuis ces quelques 75 ans. Audet remarque, avec raison semble-t-il, que « nous sommes dans des conditions générales d’interprétation meilleures qu’on ne l’a été jusqu’ici ».

Le genre littéraire est très nettement celui de la beràkhâh juive (bénédiction, eucharistie). C’est, on le sait, une louange, une anamnèse (= une mémoire. Cf. « Faites ceci en mémoire de moi ») des « merveilles de Dieu ». C’est parce que ceci a été mal compris que l’on a fait de si lourdes erreurs, tissées d’anachronismes, dans l’étude de cette « bénédiction » qui n’est ni une « action de grâces » ni une « consécration », ni une « communion » au sens actuel de ces termes.

Le thème général est celui des œuvres de Dieu, de ses merveilles ; les sentiments sont ceux de la joie et de l’admiration. Dans cette perspective, on peut lire ces admirables formules anciennes :

  • Au sujet de l’eucharistie, bénissez ainsi : D’abord pour la coupe : Nous te bénissons, notre Père, pour la sainte vigne de David ton serviteur, que tu nous as révélée par Jésus, ton serviteur [29], à toi la gloire pour les siècles. Amen. 9, 1-2

Ces textes sont difficiles et demandent un examen minutieux. David est par excellence, dans la tradition chrétienne primitive, le prophète de la résurrection du Seigneur [30]. Le texte du discours de, Paul aux Juifs est beaucoup plus clair et plus explicite encore pour notre sujet [31]. La vigne de David (célébration de la coupe) est la chose sainte de David révélée par Jésus : cette anamnèse est le chant de la merveille de la Résurrection.

  • Puis pour le pain rompu : Nous te bénissons, notre Père, pour la vie et la connaissance que tu nous as révélées par Jésus, ton serviteur, à toi la gloire pour les siècles. Amen. 9, 3

Ici se fait la fraction du pain. L’idée du pain suggère celle de la vie et la merveille célébrée est encore celle de la résurrection de jésus qui, vivant, nous communique vie et connaissance.

  • De même que ce pain rompu, d’abord semé sur les collines, une fois recueilli est devenu un, qu’ainsi ton Église soit rassemblée des extrémités de la terre dans ton royaume, car à toi appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles. Amen. 9, 4

La miche de pain recueille en son unité la multitude des grains rassemblés. L’image suggère une prière : celle du rassemblement dans le royaume (nous y insistons car la perspective n’est pas la perspective johannique de l’union comme on l’a dit si souvent). C’est le souhait du Pater « Que votre royaume arrive » et c’est un regard vers les mirabilia Dei réservés à l’avenir.

Remarquer dans la doxologie la mention de la puissance s’ajoutant à celle de la gloire déjà mentionnée dans les deux bénédictions précédentes. On le sent, tout cet ensemble est admirablement construit.

Un étonnement nous saisit : pourquoi la bénédiction de la coupe précède-t-elle la bénédiction du pain rompu ? Ceci est une liturgie de fraction du pain et tout l’accent, comme le montrent bien les textes, est mis sur ce geste qui s’achève en prière. Le sens de cette liturgie, c’est d’être une vigile : une attente toute chargée d’espérance du royaume qui vient dans la double perspective de la résurrection du Seigneur que célèbrent les deux anamnèses et du retour du Seigneur qu’implique la prière pour le rassemblement.

  • Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, si ce n’est les baptisés au nom du Seigneur. Aussi bien est-ce à ce propos que le Seigneur a dit : « Ne donnez pas aux chiens les choses sacrées ». 9, 5

Peu de choses à dire, pour le moment, sur ce verset qui semble étroitement rattaché à la texture de l’ensemble.

  • Après vous être rassasiés, bénissez ainsi : 10, 1

Ici donc se place un repas cultuel.

  • Nous te bénissons, Père saint, pour ton saint nom que tu as fait habiter en nos cœurs, et pour la connaissance, la foi et l’immortalité que tu nous as révélées par Jésus, ton serviteur. A toi la gloire pour les siècles. Amen. 10, 2

Ceci est presque une reprise de la seconde anamnèse, c’est en tout cas une variation sur le même thème : la vie (l’immortalité), la connaissance révélées par Jésus. Mais - et pour nous c’est plus difficile à reconnaître - c’est aussi une reprise de 1a première anamnèse : « Pour ton saint nom que tu as fait habiter en nos cœurs ». Pour la physiologie des anciens, il est évident que les liquides descendaient du poumon dans le cœur [32], « La première bénédiction qui suit le repas réunit simplement, et dans le même ordre, ce que les deux bénédictions d’avant le repas tenaient séparé ».

  • C’est toi, Maître tout-puissant, qui as créé toutes choses à la gloire de ton nom, et qui as donné en jouissance nourriture et boisson aux enfants des hommes, afin qu’ils te bénissent ; mais à nous, tu as fait la faveur d’une nourriture et d’une boisson spirituelles et de la vie éternelle par Jésus, ton Serviteur. Par-dessus tout, nous te bénissons de ce que tu es puissant ; à toi la gloire pour les siècles ! Amen. 10, 3-4

La deuxième bénédiction qui suit le repas, réunit cette fois, suivant leur ordre naturel, « la nourriture et la boisson » dans la double perspective de la création et de l’Evangile. A bien remarquer l’admirable finale motif suprême de louange : seule considération ide Dieu dont la puissance garde l’initiative de toutes les merveilles [33].

  • Souviens-toi, Seigneur, de ton Église, pour la délivrer de tout mal et la parfaire dans ton amour. Rassemble-la des quatre vent, cette Eglise sanctifiée, dans ton royaume que tu lui as préparé ; car à toi appartiennent la puissance et la gloire pour les siècles. Amen. 10, 5

Prière parallèle, on le voit, à celle de la liturgie d’ouverture (9, 4 : prière pour le rassemblement). On notera la très belle reprise : « Souviens-toi, Seigneur », venant après les anamnèses des bénédictions.

Si on veut bien comprendre les perspectives anciennes de ce « rassemblement » dans le royaume, il faut penser que les images sont empruntées au souvenir de l’exil - les dispersés seront réunis et il faut rapprocher notre texte de textes semblables de l’Apocalypse :

  • J’aperçus quatre anges debout aux quatre coins de la terre, retenant les quatre vents de la terre … :… Attendez que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu. Cent quarante-quatre mille de toutes les tribus des enfants d’Israël… après quoi une foule immense impossible à dénombrer… Ap 7, 1-13. Voir aussi Ap 14, 1-6.

Les quelques phrases et exclamations qui suivent « ressemblent à une allée de sphinx » [34]. Recenser les explications proposées serait une entreprise infinie…

Ce que nous retenons, c’est que plusieurs critiques proposent de déplacer le texte qui ne serait pas à sa place : il faudrait le ramener, disent-ils, après 9, 4, donc avant le repas cultuel.

Audet, impressionné par la parfaite unité et cohérence des bénédictions qui ont précédé, s’y refuse. Il faut, dit-il, prendre le texte dans l’ordre où il se présente.

  • Que la grâce vienne et que ce monde passe. Amen. Hosanna à la maison de David !
    Que celui qui est saint vienne ; que celui qui ne l’est pas se repente !
    Maranatha ! Amen. 10, 6

Le texte central qui donne son sens à l’ensemble est :

  • Que celui qui est saint vienne [35]
    Que celui qui ne l’est pas se repente !

Et ceci signifie : que celui qui est baptisé vienne ; que celui qui ne l’est pas se repente (par le baptême). Est-ce donc un doublet de 9, 5 que nous devons examiner maintenant ? Non, dit Audet, 9, 5 est une interpolation du Didachiste qui défend aux non-baptisés de participer à la « fraction du pain » et qui en appelle à l’autorité du Seigneur pour justifier ainsi une pratique nouvelle, car il est clair que normalement tous les hôtes réunis pouvaient participer à ce repas cultuel et ont dû le faire au début de sa pratique chrétienne.

10, 6 au contraire est partie intégrante de la liturgie eucharistique qui, en ce moment, passe de la fraction du pain à la célébration de l’Eucharistie majeure.

La salle du repas est quittée, on passe à une autre salle plus sacrée, « à la maison de David ». Il est difficile de résumer ici Audet qui consacre plus de quinze longues pages à l’étude de ce rituel de transition (il en a consacré plus de soixante à l’analyse des prières eucharistiques) mais disons rapidement qu’il étudie les témoignages que peut fournir l’archéologie et il se montre très convaincu par l’étude de l’architecture de la maison Doura-Europos, la plus ancienne « maison des chrétiens » découverte. Certes, dans ses derniers aménagements, elle doit dater de 232. Mais les idées qui ont présidé à l’affectation des lieux, à l’ornementation de la salle principale du baptistère remontent certainement beaucoup plus haut. Sous une niche centrale, on voit la victoire de David sur Goliath, et cette très ancienne peinture semble empruntée à la représentation d’un personnage qui, du fond du baptistère paraît dominer tout le reste : « Le Pasteur ».

  • Je susciterai pour le mettre à leur tête un Pasteur qui les fera paître, mon serviteur David : c’est lui qui les fera paître et sera pour eux un pasteur. Ez 34

C’est le thème iconographique du Pasteur Véritable : thème messianique, c’est David et c’est Jésus, car Jésus est la réalisation de la promesse figurée en David qui fut, pour les premiers chrétiens, le prophète de la Résurrection.

Nous pouvons maintenant relire le texte :

  • Que la grâce vienne et que le monde passe ! Amen.

La grâce est évidemment la grâce du royaume (que ton règne vienne) vers lequel la prière pour le rassemblement vient de tourner toute l’espérance. Il entre à sa place dans l’anticipation liturgique du retour du Seigneur, qui va être célébrée eucharistie majeure).

  • Hosanna à la maison de David.

Acclamation commune qui est tout ensemble une confession de foi implicite en la personne de Jésus (descendant de David) et un salut rempli de joyeuse assurance au lieu réservé à la grande « eucharistie », transposition chrétienne de la ferveur dont l’âme d’Israël entourait depuis longtemps le Temple.

  • Que celui qui est saint vienne ; Que celui qui ne l’est pas se repente.

Le président de l’assemblée invite les baptisés à venir au lieu où l’eucharistie majeure va être célébrée et il prend congé de ceux qui restent, employant la formule courante d’invitation au baptême, leur proposant par là de manière implicite la participation de ce dont ils demeurent pour l’instant exclus.

Maranatha. Amen.

La dernière phrase reprend, en forme d’inclusion, le souhait de l’invocation initiale « Que la grâce vienne »…. nouvelle expression de la même espérance.

  • Laissez les prophètes prononcer la bénédiction à leur gré.

A l’eucharistie, l’apôtre, auteur de la Didachè, ajoute une dernière directive. La « bénédiction » est, par excellence, expression prophétique. C’est ainsi que Luc souligne que Zacharie fut rempli de l’Esprit Saint au moment où il prononça son Benedictus qui est, pour l’essentiel, une bénédiction. La bénédiction était regardée comme la plus haute forme cultuelle revêtue par la parole, elle revenait de droit à ceux que l’Esprit comblait. On sait combien cette directive restera longtemps en honneur dans l’Église ; Justin (vers 165) :

  • Celui qui préside fait monter des prières et des bénédictions, autant qu’il peut et l’assemblée lui fait écho en répondant : Amen. 1 Apo, 67, 5

et plus tard, Hippolyte de Rome (début du IIIe s.) :

  • Que l’évêque rende grâces selon ce que nous avons dit plus haut. Il n’est pas du tout nécessaire cependant qu’il prononce les mêmes mots que nous avons dits, en sorte qu’il s’efforce de les dire par cœur dans son action de grâces à Dieu ; mais que chacun prie selon ses capacités. Si quelqu’un peut faire convenablement une prière grande et élevée, c’est bien ; mais s’il prie et récite une prière avec mesure, qu’on ne l’empêche pas, pourvu que sa prière soit correcte et conforme à l’orthodoxie. Tradition apostolique, 10, 4

Au chapitre 14, le Didachiste demandera que l’on s’assemble pour la fraction du pain et l’eucharistie le « jour du Seigneur ». On notera, dans la lumière des bénédictions liturgiques que nous venons d’analyser, que le dimanche est donc le « jour merveilleux » par excellence, celui où se célèbrent les merveilles de Dieu : salut actuel = mort dépassée dans la vie, et salut futur = rassemblement de l’Eglise dans le royaume, ce qui est la plénitude de l’espérance.

  • 3. Quelques points importants
  • Nouvelles instructions relatives surtout à l’organisation des communautés, 11, 3 - 15, 4

Nous ne nous attarderons pas à cette section. Le plan en a donné les grandes lignes. Voyons seulement l’importante instruction sur la synaxe dominicale.

L’instruction sur la synaxe dominicale, 14, 1-3

  • Le jour du Seigneur assemblez-vous pour la fraction du pain et l’eucharistie, après avoir d’abord confessé vos péchés pour que votre sacrifice soit pur. Mais que celui qui a un différend avec son compagnon ne se joigne pas à votre assemblée avant de s’être réconcilié, afin que votre sacrifice n’en souffre pas de souillure. Ce sacrifice est bien en effet celui dont a parlé le Seigneur : « Qu’en tout lieu et en tout temps, on m’offre un sacrifice pur, car je suis un grand roi, dit le Seigneur, et mon nom est merveilleux parmi les nations » (Ml, 1, 11-14).
    Choisissez donc des évêques et des diacres dignes du Seigneur, hommes doux, désintéressés, véridiques et sûrs, car ils remplissent, eux aussi, auprès de vous, l’office des prophètes et des docteurs. 14, 1 - 15, 1

Toute cette instruction complète volontairement l’instruction primitive du premier recueil : chapitre 9 et 10 (les prières eucharistiques). Elle introduit deux éléments nouveaux : la régularité de la synaxe eucharistique, « le jour du Seigneur » et la confession préalable des fautes, confession commune et liturgique dont les psaumes donnent tant d’exemples :

  • Nous avons failli avec nos pères ; nous avons dévié, renié ;nos pères en Egypte n’ont pas compris tes merveilles… Ps 106, 6-7

et qui précède l’eucharistie (la bénédiction juive) :

  • Béni soit Jahvé, le Dieu d’Israël depuis toujours jusqu’à toujours, et tout le peuple dira : Amen. Ps 106, 48

Dans l’instruction aux pauvres, la recommandation en avait été faite :

  • Dans l’assemblée, tu confesseras tes fautes et tu n’entreras pas en prière avec une conscience mauvaise. (Duae Viae 4, 14)

Remarquons que l’instruction paraît distinguer une « fraction du pain » de ce qui serait « l’eucharistie » proprement dite. C’est l’ordre même de la vigile eucharistique, tel qu’il était prévu aux ch. 9 et 10 dans le premier état de la Didachè.

Il est aussi très important de remarquer que c’est la synaxe dominicale régulière qui, dans la pensée de l’auteur, impose comme une nécessité que chaque Église se choisisse des évêques et des diacres (voir le mot « donc ») en suppléance au ministère itinérant des prophètes et des docteurs.

  • 4. La conclusion : « Veillez »

« Veillez » : l’attente du retour du Seigneur, 16, 1 - 8.

Le recueil se clôt sur une « didachè » prophétique. Le pseudo Barnabé l’utilise certainement :

  • Assemblez-vous fréquemment, cherchant l’intérêt de vos âmes, car tout le temps de votre foi ne vous servira de rien, à moins qu’au dernier moment vous ne soyez devenus parfaits. Didachè 16, 2
  • Prêtons donc attention aux derniers jours, car tout le temps de notre vie et de notre foi ne nous servira de rien si, maintenant dans le temps d’iniquité et au milieu des scandales à venir, nous ne résistons pas comme il convient à des fils de Dieu. Barn, 4, 9

Nous ne pouvons entrer dans le détail de la discussion : deux brèves remarques. Le Sinaïticus n’a pas, pour Barnabé, les mots « tout le temps de notre vie et de notre foi ». En second lieu, il se peut que cette « didachè » soit, elle aussi (comme le Duae Viae), une citation du Didachiste.

Il y a plus important : « Assemblez-vous ». Le grec dit : « Faites la synaxe ». La vigilance de l’Église (de l’assemblée) se traduit donc en fait principalement dans la synaxe c’est dans une vigile que s’exprime l’attente du Seigneur.
L’exhortation à la vigilance et les images de cette instruction prophétique nous sont devenues familières par le Nouveau Testament. Il serait intéressant d’étudier à quel point ces images étaient courantes dans les premières générations chrétiennes. Nous citons les principales références :

• Sur la multiplication des faux prophètes : Mt 24, 11 ; 1 Tim 4, 1 - 3 ; 2 P 3, 3 ; Jud 18. • sur les corrupteurs : Ap 19, 2 • sur les trahisons : Mt 24, 10 - 12 • sur l’Antéchrist : 2 Th 3 - 4. • sur les signes et les prodiges opérés par l’Antéchrist 2 Th 2, 9 ; Ap 13, 13. • sur le pouvoir de l’Antéchrist : Ap 13, 1 - 8. • sur la persévérance qui assurera le salut : Mt 24, 13. • sur la chute d’un grand nombre : Mt 24, 10 ; Ap 13, 1 - 8, 14 - 17. • sur le signe de la trompette : Mt 24, 31 ; 1 Co, 15, 52 ; 1 Th 4, 10. • sur la résurrection : 1 Co 15, 52 ; 1 Th 4, 16.

16, 7 de la Didachè pourrait faire difficulté pour nous :

  • Le troisième signe, celui de la résurrection des morts, non point de tous cependant, mais selon ce qui a été dit : « Le Seigneur viendra et tous les saints avec Lui » (Za 14, 5).

La citation de Zacharie explique suffisamment le sens que l’auteur donne à la résurrection « non pas de tous ». On peut comparer le point de vue également restreint de Paul, 1 Th, 4, 13-18.

  • Les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en premier lieu, après quoi, nous les vivants, nous qui serons encore là, nous serons réunis à eux…

et aussi 1 Co 15, 20-24 où « le jeu des implications élargit cependant les perspectives » [36] :
sur la venue du Seigneur : Mt 24, 30 ; 1 Th, 4, 16.

  • Alors le monde verra le Seigneur venir sur les nuées du ciel… 16, 8.

Ainsi s’achève le manuscrit H. 54 : il est évident qu’il copiait un exemplaire mutilé…, la phrase est demeurée inachevée.

Mais c’est tout l’espoir des chrétiens :
Maranatha 1 Co 16, 22 ; Ap 22, 20 ; Didachè 10, 6.

« Viens, Seigneur Jésus ».

Conclusion : importance de la Didachè

La Didachè est un écrit judéo-chrétien destiné à la catéchèse primitive. Elle suppose un ministère apostolique [37] encore itinérant. Bien que l’écrit soit modeste et sans prétention, sa valeur historique est grande. Il est un témoin de l’Église primitive. Il nous renseigne sur la vie chrétienne, sur l’organisation des Églises, sur la liturgie du baptême et de l’eucharistie, sur l’enseignement catéchétique que recevaient les chrétiens du premier siècle.

Que penser de la date proposée par le Père Audet dont nous avons suivi la pensée ? Est-ce vraiment entre 50 et 70 que la Didachè fut rédigée ? Voici, dans une importante recension de l’ouvrage du Père Audet, la réponse du Père P. Benoît [38] :

« Que penser, en définitive, de cette thèse hardie ? Là est le point le plus délicat, encore que je ne parvienne pas à me convaincre qu’une date si haute soit vraiment impossible. A tout le moins devra-t-on reconnaître qu’après la démonstration habile et bien charpentée du P. Audet, il n’est guère facile de faire dépasser à la Didachè l’horizon du 1er siècle. C’est déjà beaucoup. La critique a plus d’une fois tenu cette position, mais jamais avec tant de force dans la preuve, de conséquence dans l’exploitation.

Après un effort si largement réussi, on reprend volontiers en main avec une joie renouvelée par la confiance, ce vieux petit livret, souvent décrié et méconnu, qui a tout de même bien des choses à nous dire ».

Source :

Soeur Gabriel Peters, Lire les Pères de l’Église. Cours de patrologie, DDB, 1981.
Avec l’aimable autorisation des Éditions Migne.

[1Dignitaire de l’Église orthodoxe, qui occupe un rang intermédiaire entre le patriarche et les évêques.

[2La première seule, on le sait, a Clément comme auteur.

[3Il s’agit bien de l’Apocalypse canonique qu’Eusèbe n’acceptait pas parmi les livres reçus. On trouvera cette liste d’Eusèbe dans HE III, 25.

[4A. HARNACK, Die Lehre der Zwölf Apostel, Leipzig, 1884, Prolog., p. 30.

[5Op.cit., p. 82.

[6LIGHTFOOT, Results of recent Historical and Trographical Research upon New Testament Scriptures, dans Expos., 3e série, 1, 8, 1885.

[7The Apostolic Fathers, 1886, p. 215.

[8J.P. AUDET, La Didachè, Instructions des Apôtres, Études bibliques, Paris, Gabalda, 1958.

[9Outre des citations, il y a cinq références à l’Évangile, mais elles sont toutes d’ordre pratique : « Faites ainsi ». Voir par exemple 8, 2 ; 9, 5 ; 11, 3 ; 15, 34.

[10Dans un écrit faussement attribué à s. Cyprien : l’Adversus aleatores, homélie contre le jeu de dés qui déchaînait les passions.

[11HE, III, 25, 1-7.

[12J.P. AUDET, op. cit., p. 105, note 1.

[13En particulier par J.V. BARTLET, Church Life and Church Order during the First Four Centuries, London 1943.

[14J.P. AUDET, op. cit., p. 112.

[15Ibid.

[16J.P. AUDET, op.cit., p. 199.

[17LIGHTFOOT, op. cit.

[18Ainsi appelle-t-on l’auteur de la Didachè, qu’Audet pense être unique. Le vocable conviendrait d’ailleurs aussi bien s’il désignait plusieurs auteurs. Ne dit-on pas « le psalmiste » pour nommer les auteurs des psaumes ?

[19En comparant 15, 1-2 au texte du Martyre de Polycarpe, 16, 2 : « Parmi ceux-ci (les élus) fut l’admirable martyr Polycarpe qui fut, en nos jours, un maître apostolique et prophétique, l’évêque de l’Église catholique de Smyrne », on mesurera le chemin parcouru dans le temps : Polycarpe est évêque, c’est son titre institutionnel, mais l’auteur du Martyre le qualifie d’apostolique et de prophétique parce que le ministère des apôtres et des prophètes, souvenir lointain déjà, offre une image idéale de la fonction épiscopale.

[20La situation est identique à celle que supposent 2 Th, 2, 1-17 (attente de la parousie) et les prières eucharistiques citées dans la Didachè : « Que l’Église soit réunie des quatre vents dans le Royaume ».

[21En 1885, parlant des emprunts de la Didachè aux Évangiles, P. SABATIER, La Didachè, p. 156, écrivait que la tradition orale en voie de se fixer par écrit suffit à rendre compte des faits.

[22J.P. AUDET, op. cit., p. 199, note 1.

[23Ici et dans les pages suivantes, le texte du cours doit beaucoup au développement d’Audet. Mais la condensation des formules, etc… ne nous permet pas toujours d’indiquer les citations.

[24Il est à remarquer que le Prologue de la Règle de s. Benoît : « Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître » relève, lui aussi, de la littérature sapientielle.

[25J.P. AUDET, op. cit., p. 321.

[26Ibid., p. 360.

[27Ibid., p. 172.

[28Toute Eucharistie est une vigile (1 Co 11, 26 : jusqu’à ce qu’il vienne). La liturgie actuelle a bien remis cet aspect en valeur aux acclamations de la prière eucharistique : « Nous attendons ta venue dans la gloire… Viens, Seigneur Jésus. »

[29Cf. Clément d’Alexandrie : « C’est le Christ qui a versé sur nos âmes blessées le vin, c’est-à-dire le sang de la vigne de David », dans l’homélie Quel riche sera sauvé ?, XXIX.

[30Cf. Ac 2, 24 -36 : « Dieu l’a ressuscité… car David dit à son sujet … Tu n’abandonneras pas mon âme à l’Hadès. »

[31Ac 13, 32-38 : « … Nous vous annonçons la Bonne Nouvelle… Dieu a ressuscité Jésus… Que Dieu l’ait ressuscité des morts et qu’il ne doive plus retourner à la corruption, c’est bien ce qu’il avait déclaré : Je vous donnerai les choses saintes de David… Or David est mort… Celui que Dieu a ressuscité, lui n’a pas vu la corruption. »

[32J.P. AUDET, op. cit., , p. 408.

[33Cf. le Gloria : « Nous te rendons grâce pour ton immense gloire. »

[34J.P. AUDET, op. cit., , p. 410.

[35La critique textuelle a été faite soigneusement par Audet qui restitue le texte primitif sans tenir compte d’un remaniement anachronique des Constitutions apostoliques : « Que celui qui est saint approche (pour communier). »

[36J.P. AUDET, op. cit., , p. 472.

[37Ministère apostolique au sens large du mot, il ne s’agit nullement des Douze.

[38Recension du Père P. BENOIT, o.p., dans la Revue biblique, 66e année, 1959, t. LXVI.