Mercredi 20 janvier 2010 — Dernier ajout lundi 27 septembre 2010

Les Pères cappadociens (I) : Basile le Grand

Cours de patrologie de soeur Gabriel Peters o.s.b., chapitre 2

Vous trouverez ici le chapitre sur Basile de Césarée publié dans le manuel de patrologie de Soeur Gabriel Peters.

I. Vie
- 1. Sa famille
- 2. Son éducation
- 3. Sa vie ascétique
- 4. Le collaborateur de l’évêque Eusèbe
- 5. L’épiscopat à Césarée

II. Œuvres
- 1. Ouvrages dogmatiques
- 2. Ouvrages ascétiques
- 3. Homélies et discours
- 4. Un traité et les lettres
III. L’ascétisme de Basile
- 1. Conception basilienne du cénobitisme
- 2. Conception basilienne de l’obéissance
Conclusion : Portrait moral de saint Basile

  • Alors même que sa bonté ne nous aurait pas fait connaître sa nature, par cela seul que nous avons été créés par lui, nous devrions l’aimer et le chérir par dessus tout et nous attacher sans cesse à son souvenir comme les enfants qui se cramponnent à leur mère.

  • Quand nous cessons d’aimer, alors nous avons perdu son image.
    Lettre 56

  • Dieu, notre Créateur, a décidé que nous aurions besoin les uns des autres afin que nous soyons unis les uns aux autres.

I. Vie

1. Sa famille

Basile naquit en 329 à Césarée, capitale de la Cappadoce (centre de la Turquie, pays très rude aux hivers rigoureux).
Son père, Basile l’Ancien, rhéteur à Néocésarée dans le Pont, et sa mère Emmelie appartenaient à des familles profondément chrétiennes. Les grand parents paternels de Basile avaient vécu sept ans dans le maquis, abandonnant leurs biens à la confiscation, pendant la persécution de Dioclétien. Les parents de Basile eurent dix enfants : cinq filles dont l’aînée Macrine, cinq fils dont trois furent évêques, l’aîné Basile, Grégoire (futur évêque de Nysse) et Pierre (futur évêque de Sébaste).
Plusieurs membres de la famille seront vénérés comme saints : Basile, sa grand’mère paternelle Macrine, sa mère Emmelie, sa sœur Macrine, et ses deux frères Grégoire et Pierre.
La santé de Basile fut toujours très fragile (il mourut avant d’avoir cinquante ans).

2. Son éducation

Basile doit à sa grand’mère sa première formation chrétienne. Elle se souvenait de l’enseignement de Grégoire le Thaumaturge, disciple d’Origène et évangélisateur de la Cappadoce.
Il fit ses études à Césarée, à Constantinople et enfin à Athènes où il demeura cinq ans et se lia d’une étroite amitié avec Grégoire de Nazianze qu’il avait déjà connu à Césarée. (Il y rencontre aussi Julien, le futur empereur). Il est, nous dit-on, un étudiant « réservé et pensif ». Revenu dans sa ville natale, Basile y occupe une chaire de rhétorique.
Il ne résiste ni aux tentations de l’orgueil ni aux attraits du monde, mais les remontrances de sa sœur Macrine produisirent en Basile une véritable conversion.

  • Je me réveillai comme d’un profond sommeil, j’aperçus la lumière admirable de la vertu de l’Évangile,… je déplorai avec une extrême douleur la misérable vie que j’avais menée jusqu’alors. Dans cet état, je désirai un guide qui me conduisît et me fît entrer dans les principes de la piété… je lus donc l’Évangile et je remarquai qu’il n’y a pas de moyen plus propre d’arriver à la perfection que de vendre son bien, d’en faire part à ceux de nos frères qui sont pauvres, de se dégager de tous les soins de cette vie, de telle sorte que l’âme ne se laisse troubler par aucune attache aux choses présentes.
    Lettre 223, 2

3. Sa vie ascétique

Basile fut alors baptisé vers 357. Sous l’influence de sa sœur Macrine, Basile embrasse donc la vie évangélique. Déjà en 352, sa mère et sa sœur Macrine vivaient en ascètes dans leur propriété d’Annesi au bord de l’Iris tandis que son frère Naucratios dirigeait sur l’autre rive un hospice pour vieillards (il mourra d’un accident de chasse). C’était l’idéal d’Eusthate de Sébaste que cherchait à réaliser la famille de Basile.
Basile entreprit un voyage de deux ans parcourant l’Orient, à la recherche de maîtres d’ascétisme. Puis il revint dans la région du Pont et s’établit à Annesi aux portes de Néocésarée dans un lieu sauvage. Il y vivra cinq ans, c’est de là qu’il écrit à son ami Grégoire la fameuse Lettre 2 (premier essai de programme de vie ascétique). Grégoire viendra le rejoindre quelque temps (voir les lettres 4 et 5 de Grégoire) et collationnera avec lui des textes d’Origène (Philocalie). Basile mène avec des compagnons la vie cénobitique conforme à l’idéal évangélique organisant une vie de prière, d’étude et de travail manuel.

4. Le collaborateur de l’évêque Eusèbe

Basile, qui déjà était lecteur, est ordonné prêtre en 364 par l’évêque Eusèbe de Césarée [1]. À la suite d’une brouille avec l’évêque que l’on suppose avoir été jaloux, il retourne à sa solitude mais l’évêque Grégoire de Nazianze, père de son ami Grégoire déjà prêtre depuis deux ans, et l’évêque Eusèbe lui-même le rappellent à Césarée car « la vérité est en péril ». L’empereur Valens élu en 364 est arien et il est urgent de s’opposer aux prélats ariens de la suite de Valens. Basile se fait le collaborateur dévoué d’Eusèbe tant dans les luttes doctrinales que dans sa charge pastorale.
En 368, la famine désole la Cappadoce. Basile vend ses terres et distribue des vivres au peuple, aux enfants tant juifs que chrétiens [2]. Voici un extrait d’une homélie prononcée alors :

  • Si ta subsistance se réduit à un seul pain, et qu’un pauvre se tienne à ta porte, tire de ton garde-manger cet unique pain et le prenant dans tes mains, élève-le vers le ciel et dit : « Seigneur, le pain que tu vois est le seul qui me reste et le péril est manifeste. Mais je fais passer ton précepte avant mes intérêts et, de ce peu, je donne à mon frère qui a faim, donne, toi aussi, quelque chose à ton serviteur en péril. Je connais ta bonté, je me confie en ta puissance, je sais que tu ne diffères pas longtemps tes bienfaits mais que tu les répands quand tu veux !
    Homélie 8, en temps de sécheresse et de famine

Basile réforme aussi la liturgie de Césarée.

5. L’épiscopat

En 370, l’évêque Eusèbe meurt et Basile lui succède dans sa charge malgré une vive opposition que dissipe le vieil évêque Grégoire de Nazianze. Basile multiplie les démarches, en pleine crise arienne, pour l’unité de l’Église.

  • Les factions hérétiques sont en train de piétiner l’Église.
    Lettre 19
  • Toute l’Église se désagrège, elle se déchire partout comme un manteau usé.
    Lettre 82 à Athanase

Il continue de vivre en ascète : deux disciples d’Eusthate lui sont prêtés comme « garde sainte de son âme », secours fraternel et signe de communion dans la charité.
À l’Épiphanie de 372 se place l’entretien célèbre où Basile s’oppose au préfet Modeste qui exige, au nom de l’empereur que Basile renonce à la foi de Nicée et répudie le mot consubstantiel (homoousios) :

  • Tu ne suis pas la religion de l’empereur !
  • Mon Empereur à moi me le défend.
  • Tu ne crains pas mon pouvoir ?
  • Que peux-tu ?
  • J’ai le choix des moyens : confiscation, déportation, torture, mort !
  • Rien de plus ! Cela me laisse indifférent !
  • Personne n’a osé jusqu’ici me parler si librement !
  • C’est que tu n’as sans doute jamais rencontré un évêque !
    Discours 43 de Grégoire de Nazianze

C’est vers la même époque que Basile eut à subir les soucis et les vexations que lui causèrent le partage de la Cappadoce.

  • On a fait à peu près comme celui qui, ayant un cheval ou un bœuf le couperait en deux et s’imaginerait alors en avoir deux au lieu d’un ! Loin d’en avoir deux, il a détruit ainsi le seul qu’il possédait !
    … puisque ce démembrement a plongé la Cappadoce dans l’affliction, il reste à la soigner dans son infirmité !
    Lettre 74 de Basile

C’est à la suite de ce morcellement qu’il nomme son frère Grégoire évêque de Nysse et son ami Grégoire qui le prendra très mal, évêque de Sasimes.
En 374, Basile peut inaugurer le quartier épiscopal, cité de la charité (hospice, hôtelleries, léproserie) qui fut nommé au Ve siècle la Basiliade. « L’idée d’hospitaliser les étrangers et les pauvres n’était pas nouvelle. Dès le règne de Constantin, on signale des xénodochia (hôtels pour étrangers) fondés dans la capitale. Julien dans son désir de rivaliser avec les « impies galiléens » (les chrétiens qu’il nommait ainsi) voulait avoir des refuges et des hospices » [3].
Basile fut calomnié dans sa foi. À Rome, le pape Damase le soupçonnait d’hérésie.

  • La dépression que tout ceci m’occasionne est la cause principale de mon mauvais état de santé. Mon indisposition revient continuellement en raison de l’excès de ma peine.
    Lettre à Eusèbe de Samosate
  • Puissé-je enfin me trouver en face d’une accusation et non d’une diffamation !
    Lettre 204

C’est pour se défendre et proclamer sa foi que Basile écrit le Traité du Saint-Esprit. En 375, il consomme sa rupture avec l’évêque Eusthate de Sébaste.
En 378, l’empereur Valens meurt et la fin de la tyrannie arienne est proche. Mais Basile meurt peu après le 1er janvier 379 [4] en prononçant ces mots : « Seigneur, je remets mon âme entre tes mains ».

II. Œuvres

1. Ouvrages dogmatiques

Ils sont consacrés à la lutte contre l’arianisme.

Contre Eunome (vers 364)

Basile réfute en trois livres les thèses d’Eunome, porte-parole des ariens. Il développe ces idées : le Verbe est engendré et l’essence de Dieu ne s’identifie nullement avec l’innascibilité. Il faut confesser sa foi en la consubstantialité du Verbe avec le Père et du Saint-Esprit avec le Père.

Sur l’Esprit Saint

Basile y défend la consubstantialité du Fils et de l’Esprit Saint avec le Père. Ce traité est consacré à l’affirmation de la divinité du Saint-Esprit. Et cependant, tout comme saint Athanase dans ses Quatre lettres à Sérapion ne disait jamais nettement : le Saint-Esprit est Dieu, saint Basile observe le même silence. Il en fut critiqué mais il savait pourquoi il agissait ainsi. Saint Grégoire de Nazianze le justifie :

  • Je ferai donc connaître ce qui est resté ignoré de la plupart jusqu’à présent : dans la gêne où nous mettaient les circonstances, Basile se chargea d’apporter les précautions nécessaires tandis qu’il nous confiait le soin de parler librement à nous qui n’étions pas exposés à nous faire juger, ni chasser de la patrie, mais qui bénéficions de notre obscurité. Ainsi cherchions-nous l’un et l’autre à rendre puissant l’évangile que nous prêchions.
    Discours de saint Grégoire de Nazianze, 43, 59

Le rôle de sanctification attribué à l’Esprit est souligné :

  • L’Esprit Saint est vraiment le lieu des saints et le saint est pour l’Esprit un lieu propre s’offrant lui-même pour habiter avec Dieu. Aussi se nomme-t-il son temple.
    26
  • Par le Saint-Esprit les cœurs s’élèvent, les faibles sont conduits par la main, les progressants deviennent parfaits. C’est lui qui en illuminant ceux qui se sont purifiés de toute souillure, les rend « spirituels » par communion avec lui.
    9

2. Ouvrages ascétiques

Les Moralia ou Règles morales

L’ouvrage se compose de 80 préceptes de morale (les Regulae) basés sur les textes du Nouveau Testament. Il s’adresse à tous les chrétiens. On pensa longtemps qu’il fut composé avec l’aide de Grégoire de Nazianze dans la solitude d’Annesi mais les commentateurs récents font remarquer très justement qu’on ne voit pas pourquoi et au nom de quelle autorité Basile se serait adressé alors aux fidèles et même aux chefs d’Eglise ! Les Moralia seraient plutôt à dater de la fin de la vie de Basile.
Voici la finale du livre. Longuement Basile s’est interrogé quel est le propre du chrétien ? La foi qui se traduit en œuvres par la charité… il poursuit admirablement et enfin conclut :

  • Quel est le propre de ceux qui mangent le pain et boivent la coupe du Seigneur ? De garder la mémoire perpétuelle de celui qui est mort pour nous et est ressuscité. Le propre de ceux qui gardent une telle mémoire ? « Qu’ils ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour celui qui est mort et est ressuscité » (2 Co 5, 15).

Quel est le propre du chrétien ? Que sa justice dépasse celle des scribes et des pharisiens (Mt 5, 20) autant que l’a enseigné le Christ dans l’Évangile.

Quel est le propre du chrétien ? De s’aimer l’un l’autre comme le Seigneur nous a aimés (Éph 5, 2). Le propre du chrétien ? C’est d’avoir le Seigneur toujours présent devant les yeux (Ps 15, 8). Le propre du chrétien ? C’est de veiller à toute heure du jour et de la nuit et de se tenir prêt dans la perfection qui plaît à Dieu, car il sait que le Seigneur vient à l’heure à laquelle il ne pense pas (Lc 12, 40) [5].

L’Asceticon

Deux éditions successives : . Petit Asceticon (vers 358-359). . Grand Asceticon (vers 370).

Le Grand Asceticon comprend des Grandes Règles, c’est-à-dire l’exposé général des conditions de la vie ascétique et des Petites Règles ou réponses à des questions posées par les frères.
Les Grandes Règles 1 à 23 remanient le texte du Petit Asceticon. Les Grandes Règles 24 à 55 sont entièrement nouvelles.
Les Petites Règles sont au nombre de 313. Les 192 questions du Petit Asceticon sont reprises telles quelles.

Tout l’idéal cénobitique de Basile est exposé dans cet écrit et il peut être étudié dans son développement chronologique [6].

  • Nous devons obéir comme le petit enfant tourmenté par la faim qui écoute sa nourrice l’invitant à manger. Nous devons lui obéir comme tout homme désirant vivre obéit à celui qui lui donne tout ce qui est nécessaire à l’existence. Mais nous devons encore beaucoup plus obéir à notre supérieur avec un empressement d’autant plus prompt que la vie éternelle est plus précieuse que la vie présente. Car le commandement de Dieu a dit le Seigneur Jésus est vie éternelle (Jn 12, 50)… ce qu’est la manducation par rapport au pain, l’accomplissement du précepte l’est par rapport au commandement. Le Seigneur lui-même l’a affirmé : Ma nourriture, c’est d’accomplir la volonté du Père qui m’a envoyé (Jn 4, 34).
    Petites Règles 166

3. Homélies et discours

Sur l’Hexameron (avant 370)

Cet ouvrage comprend neuf homélies, sermons de carême, prêchés en l’espace d’une semaine. Basile rejette l’allégorie, il veut rechercher le seul sens littéral :

  • Pour moi quand j’entends parler d’herbe, je pense à de l’herbe… je prends toutes choses comme elles sont dites.
    9,80

L’œuvre admirablement rédigée eut un très grand succès. Saint Grégoire de Nysse voulut la compléter en écrivant son traité De la création de l’homme et saint Ambroise l’imita. « Quand je prends en main son Hexameron, dit saint Grégoire de Nazianze, je me sens uni au Créateur » (Disc. 43).

  • Dieu veut que les embrassements de la charité nous attachent à notre prochain comme les vrilles de la vigne et nous fassent reposer sur lui afin que, dans nos continuels élans vers le ciel, nous puissions, telles des vignes grimpantes, nous élever jusqu’aux cimes les plus hautes.
    5,6
Homélies sur les psaumes

Des 18 homélies sur les psaumes attribuées à saint Basile, 13 seulement sont authentiques : sur les psaumes 1, 7, 14, 28, 29, 32, 33, 44, 45, 48, 59, 61et 114.

  • Qui cherche la paix cherche le Christ car il est lui-même notre paix.
    Sur le psaume 33
Homélies et discours divers

Près de 23 homélies ou discours sont authentiques, les sujets sont variés : fêtes du Christ, fêtes de martyrs, homélies pendant la famine, discours sur les devoirs du chrétien.

  • Le chrétien ne s’impose pas de remplir par des formules le devoir de la prière. C’est par une intention d’âme, par des actes de vertu étendus à toute notre vie que la prière prend toute sa valeur. Assis à table, prie, rends grâce ; en revêtant ta tunique, rends grâce… rends grâce pour le soleil et la lumière de la nuit… Ainsi, prie sans relâche, non pas que des formules remplissent ta prière mais, dans tout le cours de ton existence, tu seras uni à Dieu, ta vie sera une prière incessante et continuelle.
    Homélie de sainte Julitte, 4

Le Commentaire sur Isaïe attribué à Basile semble bien ne pas être de lui.

4. Un traité et les lettres

Le traité Aux jeunes gens. Sur la manière de tirer profit des lettres helléniques

Ce traité s’adresse aux neveux de Basile qui loue la culture classique grecque, recommandant seulement d’en éviter le poison. Ce traité révèle la largeur d’esprit de Basile.

Lettres de ou à Basile : 365 lettres

Cette correspondance est très précieuse : les lettres traitent des sujets dogmatiques, historiques ou ascétiques. Il y a aussi des lettres d’amitié, etc. Cette correspondance révèle le caractère de Basile. Son autorité parfois sévère sait se tempérer de douceur :

  • Ne viens pas s’il te plaît nous faire la leçon ! Qu’il te souvienne de ton dernier jour ! Tu as suscité contre nous des lézards et des crapauds ! J’ai à rendre compte de mes actes à Dieu qui sait en juger. Ces gens-là ne viendront pas rendre témoignage !
    Lettre 115 à Simplicie [7]
  • Si nous te reprenons comme ferait un père, nous saurons aussi te pardonner comme un père.
    Lettre 170 à Glycérius [8]

Relevons ce témoignage sur la justification de la communion quotidienne :

  • Comment douter en effet que cette participation continuelle à la vie n’apporte une surabondance de vie ?

    III. L’ascétisme de Basile

On sait comment au dernier chapitre de la Règle, saint Benoît parle de saint Basile comme de « notre saint Père Basile », il se réclame donc de la tradition basilienne :

  • Les Conférences des Pères, leurs Institutions et leurs Vies, ainsi que la Règle de notre saint Père Basile sont-elles autre chose que des instruments de vertus pour les moines vraiment bons et obéissants ?
    73

L’idéal religieux de Basile est cénobitique. Si on parle de « monachisme »au sens étymologique du terme : vie solitaire (le moine est celui qui vit seul, du grec monos, seul) alors c’est un non-sens que de parler du monachisme de Basile pour qui le cénobitisme, c’est-à-dire la vie communautaire, est une fin en soi. C’est pour ce motif que nous intitulons ce paragraphe ascétisme et non pas monachisme, Basile a voulu mener une vie ascétique.

1. Conception basilienne du cénobitisme

Basile ne se situe pas dans le prolongement d’Antoine et de Pachôme, et cela quoi qu’on en dise : c’est au chrétien en tant que tel qu’il veut s’adresser continuellement. Il soulignera au contraire que l’homme n’est pas « un animal monastique ».
La perfection pour Basile consiste à accomplir la volonté de Dieu, c’est-à-dire à observer dans leur intégralité tous les commandements. Il soutient toujours la thèse rigoriste que manquer à un commandement c’est les enfreindre tous et devenir passible de l’enfer.
Si Basile se retire du monde pour mener avec des compagnons la vie ascétique, c’est pour se mettre dans les meilleurs conditions d’accomplir tous les commandements de Dieu : l’absolu de sa recherche lui est dicté par l’amour.
Il prolonge un mouvement de tendance syrienne à la suite d’Eusthate de Sébaste et ce mouvement condamné d’ailleurs au Concile de Gangres avait comme idéal de s’imposer à toute la communauté chrétienne. Les évêques voyaient d’un mauvais œil les époux rompre leurs liens, les travailleurs abandonner tout souci temporel. Basile tempère le mouvement d’ascétisme d’Eusthate et l’approfondit. Il veut une Église totalement cohérente avec sa foi. Il insiste fortement sur les aspects eschatologiques du message chrétien. Devenu évêque, Basile sera le lien vivant entre les fraternités et les autres chrétiens, et sous la pression des circonstances, il organisera le cadre conventuel qui se resserre.

  • Je visitais les fraternités, passant avec elles la nuit en prière et, sans contention, je répondais et j’interrogeais sur les choses de Dieu.
    Lettre 223 à Eusthate

La vie ascétique est pour Basile nécessairement cénobitique, elle apparaît à Basile comme la seule vie intégralement chrétienne, comme celle qui permet seule d’observer tous les commandements du Seigneur et leur synthèse qui se trouve dans le double commandement de l’amour (de Dieu, du prochain). C’est en communion réelle et effective avec ses frères que le moine cherche dans l’humilité, le service, l’amour, à accomplir tous les commandements de Dieu. Dans cette perspective, la correction fraternelle est demandée comme un humble service d’amour.

  • Dans l’immensité de son amour des hommes, le Seigneur ne s’est pas contenté de nous enseigner avec des paroles. Voulant nous donner un exemple clair et précis de cette humilité qui s’épanouit dans la perfection de l’amour, il se ceignit lui-même et, en personne, lava les pieds de ses disciples.
    Mais toi qui es seul à qui laveras-tu les pieds ? Qui serviras-tu ? En comparaison de qui voudras-tu te considérer comme le dernier, si tu vis séparé de tous et pour toi-même ? Ce bonheur et cette joie de se trouver tous ensemble, semblables, dit l’Esprit Saint, au parfum qui coule de la tête du grand-prêtre, comment les trouver dans la cellule isolée du solitaire ?
    Grande Règle, 7

Basile a toujours et en toute circonstance demandé l’union de tous, si c’est l’idéal de la vie ascétique, c’est d’abord l’idéal de la vie chrétienne que les ascètes cherchent à vivre avec une ferveur totale, et c’est aussi l’idéal humain qui résulte simplement de notre condition de créature et fonde la vie sociale :

  • Dieu veut que nous ayons besoin les uns des autres.
    Grande Règle, 7
  • Nous avons plus besoin du secours de chacun de nos frères qu’une main n’a besoin de l’autre. Par la constitution même de notre corps, le Seigneur nous a enseigné la nécessité d’être unis. Quand je considère en effet que nos membres ne peuvent en rien se suffire à eux-mêmes, comment imaginerais-je que je puis me suffire dans la vie ? Ni un pied ne saurait marcher sûrement sans le soutien de l’autre, ni un œil n’aurait une vue saine s’il n’avait l’autre pour associé et s’ils ne se portaient ensemble sur l’objet de leur vision. L’ouïe est plus exacte quand elle perçoit la voix par les deux oreilles ; on tient plus fermement ce que serrent ensemble tous les doigts. Pour tout dire en un mot, je ne vois rien, ni dans la nature, ni dans le domaine de la volonté libre, qui s’accomplisse sans le secours des êtres de la même nature. La prière elle-même qui n’est pas faite en commun ne perd-elle pas beaucoup de sa puissance ? Et le Seigneur ne nous a-t-il pas annoncé qu’il serait au milieu de deux ou trois unanimes à l’invoquer ?
    Lettre 97 (au sénat de Tyane)
  • Si la mer est belle, c’est surtout parce qu’elle rapproche les terres les plus éloignées et assure ainsi aux navigateurs la liberté de leurs relations, elle nous dispense l’histoire des faits jusqu’alors ignorés… mais si la mer est belle, combien plus la réunion de cette assemblée !
    Homélies sur l’Hexameron, 4, 6
  • Rien n’est propre à notre nature, comme d’entrer dans la société les uns des autres, d’avoir besoin les uns des autres et d’aimer ce qui est de notre race. Après nous avoir donné ces germes qu’il a jetés dans nos cœurs, le Seigneur vient en réclamer les fruits et il dit : je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres.
    Grande Règle, 3
  • Toujours le Seigneur allie les deux commandements, s’attribuant comme étant fait à lui-même le bien que l’on fait au prochain. Il est donc visible que l’on s’acquitte du second commandement en cela même que l’on accomplit le premier et que l’on retourne au premier en accomplissant le second. Quiconque aime Dieu aime le prochain par une suite nécessaire et c’est une conséquence infaillible que quiconque aime le prochain satisfait au commandement qu’il a reçu d’aimer Dieu parce que Dieu accueille pour lui-même cette marque de bienveillance.
    Grande Règle, 3

Basile ne veut donc pas que l’ascète soit monachos (moine = seul) au sens local, mais il le veut monotropos (unifié) au sens moral :

  • Il n’y a qu’une seule façon de vivre en chrétien (monotrope est la vie du chrétien) car la vie du chrétien a un seul but : la gloire de Dieu.
    Grande Règle, 20

Le chrétien, pour Basile, n’est pas monastikon (celui qui vit seul) mais koinonikon l’homme de la communion) et la maison qui réunit les ascètes est le lieu du renouvellement de la communauté primitive de Jérusalem (Ac 2, 44 et 4, 32) où tout était à tous, où les frères n’avaient qu’un cœur et qu’une âme.

  • Le charisme propre de chacun devient le bien commun de l’ensemble… de sorte que, dans la vie commune, la force du Saint-Esprit donnée à l’un devient nécessairement celle de tous.
    Grande Règle, 7
  • Nous, les athlètes de la piété, nous qui avons embrassé une vie calme et loin des affaires, destinée à nous faciliter l’observance des préceptes évangéliques, eh bien, mettons en commun notre volonté et notre souci de ne rien laisser échapper des commandements qui nous sont imposés.

S’écarter de la vie commune, c’est se retrancher du corps du Christ : telle est bien en définitive la pensée doctrinale qui sous-tend tout l’idéal cénobitique de saint Basile ; l’ascète réalise avec ses frères le corps du Christ dans l’unité de la vie de l’Esprit :

  • Puisque nous tous qui avons été associés par vocation dans une espérance unique, nous sommes un seul corps ayant le Christ pour tête et sommes membres les uns des autres, nous n’entrons, chacun pour sa part, dans la construction de ce corps unique dans l’Esprit Saint que par la concorde.

2. Conception basilienne de l’obéissance [9]

Le vœu d’obéissance est un élément essentiel de la vie religieuse. Cependant, dans l’Évangile, apparaît-il clairement que soit demandé l’abandon volontaire de la liberté en faveur d’hommes qui n’y ont aucun droit naturel ?
Comment Basile envisage-t-il l’obéissance ? La réponse doit tenir compte de l’évolution de la pensée de Basile dans la chronologie de sa vie et dans les circonstances historiques qui furent les siennes.

Dans la Lettre 2 à son ami Grégoire de Nazianze, Basile ne fait aucune mention de l’obéissance mais plus tard l’évêque, soucieux de la vie des fraternités, élabore, sous la pression des circonstances, toute une doctrine de l’obéissance.
Et tout d’abord, on peut poser comme un absolu que la seule Règle de Basile, c’est l’Écriture. L’Évangile est la substance même de sa pensée. Pour définir la vie parfaite et en tracer le programme, Basile prétend recourir à l’Évangile et à l’Évangile seul.
L’idée-mère de Basile est celle de l’obéissance aux commandements divins, à tous les commandements divins, et avant tout au premier, à l’essentiel, celui de la charité fraternelle, indice et partie intégrante de la charité envers Dieu.
Si l’amour de Dieu exige que le chrétien se soustraie à toutes les influences qui le poussent au péché, l’amour des hommes l’invite à se joindre sans réserve, dans la poursuite commune du même but, à ceux qui partagent le même idéal. L’insistance sur la vie en commun pose les conditions dans lesquelles se développera la doctrine de l’obéissance. Car une question surgit : chacun peut-il, dans cette vie commune, vivre, agir, penser, parler à sa guise ?

  • Chacun peut-il se permettre de faire ou de dire ce qui lui semble bon, sans tenir compte des Saintes Écritures ?
    Notre Seigneur Jésus-Christ a dit, au sujet du Saint-Esprit : Il ne parlera pas de son propre chef, mais ce qu’il entendra, voilà ce qu’il dira (Jn 16, 13). Quant à lui-même : Le Fils ne peut rien faire de son propre chef (Jn 5, 19) ; et encore : Moi, ce n’est pas de mon propre chef que j’ai parlé ; celui qui m’a envoyé, le Père, m’a prescrit ce que je devais dire et faire ; et son commandement, je le sais, est vie éternelle. Ce que je dis donc, à la façon dont mon Père me l’a dit, je le répète (Jn 12,49-50). Qui donc pourrait en venir à tant de folie que d’oser, de son propre chef, concevoir seulement quelque pensée ? N’a-t-il pas besoin du guide, l’Esprit bon et saint, pour être dirigé dans la voie de la vérité (Jn 16, 13), qu’il s’agisse de ses pensées, de ses discours ou de ses actes ? N’est-il pas un aveugle, plongé dans les ténèbres (cf. Jn 12, 35), si le soleil de justice, Notre Seigneur Jésus-Christ, ne l’éclaire pas de ses commandements, comme par des rayons lumineux ?
    Petite Règle, 1

Remarquons que dans ce texte admirable, il s’agit non pas de la loi rigide d’un moralisme, mais d’une obéissance personnelle, biblique, d’une relation au Dieu Vivant. Dans sa formulation johannique, la pensée est riche d’exigence intérieure et les modèles qui nous sont proposés sont plus proches de nous que notre conscience même.
Mais quel lien établir entre la libre soumission à la volonté divine et l’obéissance à l’arbitraire d’un supérieur en matière contingente et libre ?
Il faut marquer un premier point, conséquence immédiate du commandement divin : chacun est le serviteur de ses frères, le service des frères assouplit l’âme dans l’obéissance.

  • Ainsi de toute façon il est nécessaire de se soumettre, soit à Dieu, selon son commandement, soit aux autres, à cause de son commandement. Car il est écrit : Celui qui parmi vous veut être grand, qu’il soit le dernier de tous, l’esclave de tous (Mc 9, 34), aliéné par conséquent à ses propres volontés, à l’exemple du Seigneur : Je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté du Père qui m’a envoyé (Jn 6,37).
    Petite Règle, 1

Mais, demande Basile lui-même : « Faut-il donc obéir en tout et à chacun ? »

  • Du point de vue des personnes qui commandent, il n’y a aucune distinction à faire qui permette de léser l’obéissance, aussi bien, Moïse a obéi à Jéthro qui lui donnait un bon conseil (Ex 18, 19). Mais du point de vue des choses commandées, il y a une distinction capitale : les unes s’opposent au commandement du Seigneur, ou le corrompent, ou encore, souvent, le souillent, par l’addition de quelque chose d’interdit, d’autres tombent sous ce commandement ; d’autres enfin, qui, à première vue, ne semblent pas tomber sous le précepte, viennent du moins comme à son aide.
    Petite Règle, 114

Voici maintenant le tout premier texte où Basile fait mention du supérieur, serviteur du Christ et de ses frères :

  • Envers Dieu d’abord, que celui qui commande se considère comme serviteur du Christ et administrateur des mystères de Dieu (1 Co 4, 1), et qu’il craigne qu’en dehors de la volonté de Dieu, telle qu’elle est confirmée dans les Écritures, il ne donne une parole ou un précepte… Envers les frères, comme une mère entourerait de soins les enfants qu’elle nourrit, qu’il aspire à donner à chacun, selon le bon plaisir de Dieu et l’avantage de la communauté, non seulement l’Évangile de Dieu, mais encore sa propre vie (1 Th 2, 7).
    Petite Règle, 98

Dans les premières rédactions des Règles de Basile, on ne trouve pas de trace d’une centralisation du pouvoir. Ce qui est souligné, et très fortement, c’est l’étendue de la vertu d’obéissance : jusqu’à la mort (comme le Christ), sa qualité : elle est soumission intérieure et sans murmure, et l’objet de la vertu : le service utile à tous, donc notamment le travail. Les conditions de vie commune freinent l’entraînement ascétique (si cher à Eusthate) et engendrent un rythme d’obéissance mutuelle centré sur le service de la communauté. Les difficultés pratiques de l’organisation de la vie commune vont mener Basile à mettre en avant le supérieur ou les supérieurs.
C’est dans la deuxième édition de l’Asceticon, qui date de 370 et dans laquelle Basile a remanié et complété le texte primitif, que la pensée sur l’obéissance atteint tout son développement [10].
Les éléments essentiels de la vie parfaite demeurent la vie commune en fraternité et le renoncement qu’une telle vie implique.
Lorsque Basile en vient à la section consacrée à l’obéissance, la rédaction se modifie et la pensée est très nette : ce sont les exigences centrales du grand commandement évangélique de l’amour qui fondent immédiatement l’obéissance ; l’activité de la vie dans le Christ est grâce, elle est charisme inspiré par l’Esprit et le charisme de chacun est fonction de la communauté. Voici donc défini le rôle du supérieur : le supérieur est l’œil à qui la vigilance commune est confiée, tandis que la tête, le Chef, c’est le Christ. Quant aux disciples, ils sont l’oreille et la main : à eux d’entendre, à eux d’accomplir. Que chacun donc abonde en zèle, mais selon son office propre. Chacun a accepté une fois pour toutes d’être enrôlé au service du corps, au service de la fraternité. Si donc un ordre semble dépasser ses forces, qu’il laisse le soin de juger à celui qui prescrit cette chose impossible (Grande Règle, 28) et qu’il montre jusqu’à la mort sa docilité et son obéissance.
Notre vocation est celle des membres d’un même corps : la vocation des supérieurs n’est en rien différente, car le soin vigilant des autres est un service. Ceux qui semblent les premiers dans la fraternité sont au service de tous.

  • Bien rares ceux en qui l’on rencontrera les qualités nécessaires à « l’œil ». Si un hasard exceptionnel en suscitait deux ou trois dans un même lieu, qu’ils communient à la même responsabilité et s’allègent mutuellement la tâche ; quand l’un est absent ou empêché, l’autre sera là, en aide à la communauté… Quelle preuve plus grande d’humilité pourraient donner les supérieurs que de se soumettre les uns aux autres ? S’ils sont égaux en charismes spirituels, il vaut mieux qu’ils marchent ensemble, comme l’a montré le Seigneur, envoyant ses disciples deux à deux (Mc 6, 7) ; et chacun s’empressera de se soumettre joyeusement à l’autre, car celui qui s’humilie sera élevé (Lc 18, 14). Et si l’un est moins doué, l’autre plus riche en charismes, il vaut mieux que le plus faible soit soutenu par le plus fort… S’il se pouvait, toutes les fraternités devraient se réunir, sous la responsabilité unique de ceux qui sont capables de gouverner sagement dans l’unité de l’Esprit.

Le rôle des supérieurs est donc de discerner la volonté de Dieu sur chacun en interprétant sa mission vis-à-vis de la communauté. Les membres de la communauté par contre ne choisissent pas leur place.

  • Choisir pour soi ne convient évidemment pas, tout comme refuser ce qui a été décidé par les autres serait condamnable. Bien plus, si quelqu’un exerçait un art, et que celui-ci déplaise à la fraternité, qu’il l’abandonne volontiers.

L’obéissance se réfère toujours à Dieu, si elle est le fruit de la charité fraternelle vécue, cette charité est le commandement suprême qui pourchasse la volonté propre sans lui laisser aucun refuge. L’obéissance est, dans la vie de fraternité, le libre jeu du charisme propre à chacun que discernera le supérieur, œil du corps. L’autorité du supérieur est « pneumatique » et toute en relation au bien de la communauté. Au supérieur de discerner, selon une ligne prophétique, quelle est sur chacun la volonté de Dieu. Ainsi il éclairera tout le corps.
Il n’est d’autre principe et modèle d’obéissance que le Christ considéré dans sa mission et plus particulièrement dans son œuvre rédemptrice, « obéissant jusqu’à la mort » (Ph 2, 8).
On peut tout résumer et aussi bien l’idéal de vie commune que recommande saint Basile que son idéal d’obéissance en disant que l’unique commandement de l’amour contient tous les autres commandements :
. l’ascète choisit la vie commune et se soumet à tous en éliminant ainsi tout égoïsme, amour propre, tout obstacle à la charité.
. l’ascète choisit la vie commune et recherche l’obéissance afin de renoncer en tout à sa volonté propre, de se libérer pour suivre le Christ.
. l’ascète recherche l’obéissance que lui procure la vie commune parce qu’il veut accepter en tout la volonté de Dieu.

  • L’unique commandement d’aimer Dieu contient tous les autres et il donne la force de les pratiquer tous.

Conclusion : portrait moral de saint Basile

Basile est homme de réflexion et d’action, homme d’administration, même en théologie il est grand administrateur. Face à la crise arienne, il fixe, à la suite d’Athanase et du Concile de Nicée, la voie à suivre en termes prudents et précis. Il a une perception très vive de la transcendance divine. Son intelligence est plus pratique que spéculative. On ne peut qu’admirer le magnifique équilibre de sa doctrine.
Basile parle d’autorité et sa voix n’hésite pas à se faire impérieuse. Peut-être fut-il plus admiré qu’aimé ?

  • La maîtrise de son caractère, sa réserve, son calme et son urbanité, on les prenait pour de l’orgueil.
    Grégoire de Nazianze, Discours 43

Basile a mis en lumière et en pratique les grands thèmes sociaux de l’égalité foncière des hommes dans la soumission à Dieu, de l’éminente dignité de la personne humaine, du service social auquel sont astreintes la richesse et l’autorité.
Théoricien de l’ascèse, Basile ne s’intéresse guère aux problèmes d’application des principes ni aux nuances des psychologies. La morale et l’ascétique de Basile sont la morale et l’ascétique des commandements de Dieu et du Christ pratiqués intégralement par le chrétien qui en reçoit le pouvoir de Dieu. Cassien a étudié Basile et saint Benoît s’en inspire.
On ne connaît bien Basile qu’en le lisant beaucoup : un contact superficiel peut laisser croire que Basile était dur pour lui comme pour les autres, un contact prolongé fait découvrir son exquise et fine sensibilité, son naturel affectueux et profondément bon que sa réserve un peu distante a trop souvent voilé.
Basile demeure un grand maître spirituel pour ceux qui choisissent de vivre dans l’état de cénobites, mais aussi pour tout chrétien :

  • Qui donc s’est purifié davantage pour se livrer à l’Esprit Saint que Basile, prêt ainsi à enseigner dignement la parole de Dieu ? Qui, mieux que lui, fut illuminé des clartés de la science, qui pénétra davantage les profondeurs de l’Esprit et scruta, avec Dieu, les mystères divins ?
    Grégoire de Nazianze, Discours 43

Le sérieux de Basile est le sérieux de l’amour.

Source :

Soeur Gabriel Peters, Lire les Pères de l’Église. Cours de patrologie, DDB, 1981.
Avec l’aimable autorisation des Éditions Migne.

[1À ne pas confondre avec son homonyme, contemporain de Constantin, mort en 339.

[2D’après son Oraison funèbre, composée par son frère Grégoire de Nysse.

[3Voir Stanislas Giet, Les idées et l’action sociale de saint Basile, Paris 1941.

[4Date traditionnelle, mais que les universitaires situent aujourd’hui au cours du dernier trimestre 378. (ndlr)

[5Voir Saint Basile, Les règles monastiques, trad. Léon Lebe, Maredsous 1969.

[6Voir Saint Basile, Les règles, trad. Léon Lebe, Maredsous 1969.

[7Simplicie réclamait son intendant-esclave que Basile avait nommé évêque.

[8Glycérius était un moine quelque peu illuminé qui s’était chargé de la direction des vierges.

[9Cette synthèse s’inspire de l’article de Jean Gribomont, Obéissance et Évangile selon saint Basile le Grand, « Supplément à la Vie Spirituelle » 21, mai 1952.

[10Cette édition porte le nom de Grand Ascéticon comme nous l’avons expliqué plus haut.