Mardi 17 octobre 2006 — Dernier ajout jeudi 8 avril 2010

Ignace d’Antioche : Là, je serai un homme

Ignace est probablement un chrétien issu du paganisme. Il est évêque d’Antioche de Syrie au début du deuxième siècle. Pour une raison qui nous échappe - persécutions circonscrites à Antioche, dissensions internes à la communauté chrétienne ou encore crime de lèse-majesté -, Ignace est condamné et conduit à Rome pour être jugé en dernière instance par l’Empereur. Il y subira son martyre dans les années 105-135. Pendant son voyage d’Antioche à la capitale de l’Empire, il expédie des lettres aux communautés chrétiennes d’Asie mineure et de Rome.

Approchant de Rome, lieu où il sera témoin du Christ jusque dans la mort, Ignace se laisse traverser de plus en plus profondément par cette nouveauté de vie éternelle, par cette création nouvelle qui, par delà l’enfantement qui l’attend, le fera advenir à la plénitude de son humanité. À la communauté chrétienne romaine qui cherchait vraisemblablement à lui éviter la peine capitale, Ignace adresse ces quelques mots pour qu’elle ne l’empêche pas de vivre son martyre. Il n’y a là rien de morbide, mais l’expression d’un profond désir d’appartenir au Christ. Saint Paul disait : Pour moi, vivre c’est Christ et mourir est un gain (Ph 1, 21). Ignace emprunte la même voie spirituelle.

l est bon pour moi de mourir pour m’unir au Christ Jésus,
plus que de régner sur les extrémités de la terre.

C’est lui que je cherche, qui est mort pour nous ;
lui que je veux, qui est ressuscité pour nous.

Mon enfantement approche.

Pardonnez-moi, frères ;
ne m’empêchez pas de vivre,
ne veuillez pas que je meure.
Celui qui veut être à Dieu,
ne le livrez pas au monde,
ne le séduisez pas par la matière.

Laissez-moi recevoir la pure lumière ;
quand je serai arrivé là,

je serai un homme.


Source :

Lettre aux Romains, VI, 1-2 dans (Ignace d’Antioche, Lettres, Sources Chrétiennes 10, Cerf, Paris 1951, p. 133-135).