Dimanche 6 août 2006 — Dernier ajout dimanche 19 septembre 2010

Introduction à la lecture des Pères de l’Eglise

Le cours « Introduction à la lecture des Pères de l’Église » fait partie d’un enseignement donné à la faculté de théologie de l’Institut Catholique de Paris.

Quelques éléments du cours…

J’ai trouvé celui que mon cœur aime. En mettant à l’honneur ce verset du Cantique des cantiques (3, 3), j’ai voulu souligner le fait que les Pères de l’Église puisaient leur vitalité à la source des Écritures. C’est en elles, en effet, que dans une inlassable quête, ils ont cherché, contemplé et reconnu le Christ. Origène, lors d’une de ses rares confidences, laisse entrevoir l’objet de son désir :

  • Souvent, Dieu m’en est témoin, j’ai senti que l’Époux s’approchait de moi, et qu’il était autant qu’il se peut avec moi ; puis il s’en est allé soudain, et je n’ai pu trouver ce que je cherchais. De nouveau je me prends à désirer sa venue, et parfois il revient ; et lorsqu’il m’est apparu, que je le tiens de mes mains, voici qu’une fois de plus il m’échappe et une fois évanoui, je mets encore à le rechercher.
    Origène, Homélies sur le Cantique des cantiques, I, 7.

Or, si l’on en croit Grégoire de Nysse :

  • Trouver le Seigneur, c’est le fait même de le chercher sans cesse. Car chercher n’est pas une chose et trouver une autre, mais le gain de la recherche, c’est la recherche elle-même.
    Grégoire de Nysse, Homélies sur l’Ecclésiaste VII, 5.

Chercher, c’est déjà trouver. Trouver le Seigneur, c’est le chercher sans cesse. La quête du Seigneur ne supporte aucun repos. Saint Augustin partage et prolonge cette méditation :

  • Peut-être même lorsque nous le verrons face à face tel qu’il est, nous faudra-t-il encore le chercher, et le chercher sans fin, car il est à aimer sans fin ?
    Augustin d’Hippone, Enarrationes in Psalmos 104, 4.

Ces citations font pressentir quelque chose de ce feu qui brûlait le cœur des Pères de l’Église. Celles et ceux qui cherchent à comprendre leurs œuvres doivent, non seulement ne jamais oublier cette dynamique qui les fait vivre - dynamique que l’on peut traduire par une mise en équivalence des verbes Trouver - Chercher - Aimer, mais encore consentir à se laisser eux-mêmes saisir par le Christ en fréquentant assidûment les Écritures.

Qu’est-ce qu’un Père de l’Église ?

L’usage veut aujourd’hui que l’on identifie un Père de l’Église à quatre caractéristiques :

  • L’antiquité : il doit appartenir aux premiers siècles chrétiens. C’est Jean Damascène († vers 750) qui pour l’Orient clôt la liste des Pères de l’Église. En Occident, l’on considère Isidore de Séville († 636) comme le dernier des Pères latins. - La sainteté de vie : on ne parle pas ici d’une canonisation en bonne et due forme, mais d’une vie habitée par le Christ et qui, à ce titre, est exemplaire.
  • L’orthodoxie de l’enseignement : leur prédication se doit, dans ses grands traits, d’être conforme à l’enseignement de l’Église.
  • L’approbation de l’Église : elle se vérifie par l’utilisation des écrits d’un auteur comme référence dans un texte officiel.

Nous venons de faire nôtre la définition traditionnelle des Pères de l’Église. À cette définition, il faut rajouter que les Pères sont des lecteurs assidus des Écritures dont ils ont mémorisé de nombreux passages. C’est dans la méditation de la Parole de Dieu qu’ils approfondissent leur connaissance du Christ et qu’ils risquent une parole inédite au sujet du mystère de la piété, parole tout à la fois fidèle à la tradition et novatrice, cherchant, avec retenue et modestie, à exprimer de manière toujours plus précise la foi apostolique. Cette parole est dite pour le bien des communautés chrétiennes dont ils ont la charge. Les Pères sont des pasteurs qui prennent très au sérieux la mission à laquelle ils ont été ordonnés. Ce souci du peuple de Dieu, et notamment de ses membres les plus faibles, traverse toute la littérature patristique.

Qu’est-ce que la patrologie ?

La patrologie est une discipline historique qui aboutit à une interprétation actuelle des textes qu’elle étudie. Elle analyse les textes et la vie des écrivains réputés orthodoxes ou hérétiques de l’Antiquité chrétienne. Elle s’efforce, à partir des données archéologiques, historiques, philologiques, politiques, théologiques, etc… dont elle dispose, de retrouver, d’identifier et de reconstituer autant que possible le texte exact de productions littéraires dont nous ne possédons jamais le texte original.

Qu’est-ce que la patristique ?

La patristique est une discipline théologique. Elle présuppose la confession de foi en la seigneurie du Christ. Sa vocation est de contribuer aux tâches présentes de la théologie chrétienne en étudiant la réception de la Révélation divine par l’Église durant les premiers siècles de son histoire. Cette étude suppose l’explicitation des débats ecclésiaux à partir des écrits des Pères et de leurs contradicteurs. Elle utilise à cette fin les résultats auxquels est parvenue sa discipline soeur, la patrologie.

Dix commandements pour connaître les Pères

Pour apprendre à connaître les Pères de l’Église et en faire bon usage, il importe :

  1. de lire leurs œuvres, mieux encore de lire des œuvres complètes. Il n’est pas nécessaire de lire énormément mais de lire à fond afin d’entrer sérieusement dans la pensée d’un auteur. Il existe de bonnes traductions des œuvres essentielles. Celles et ceux qui ont accès au texte original n’hésiteront jamais à s’y référer.
  2. de ne pas faire violence aux textes. L’anachronisme menace sans cesse le lecteur toujours empêtré dans des histoires et des problématiques qui sont les siennes et non pas celles de l’auteur. La bienveillance à l’égard de l’auteur et le consentement au dépaysement sont des gardes-fou très efficaces.
  3. de prendre acte que les Pères n’ont pas réponse à tout. Ils sont précieux non pas d’abord par ce qu’ils savent, mais parce qu’ils témoignent d’une manière conforme à l’Évangile d’aborder la vie et ses questions.
  4. de ne pas gommer les différences, voire les contradictions, qui se manifestent dans leurs positions doctrinales. Il n’existe pas une théologie mais de multiples théologies chez les Pères.
  5. d’éclairer les textes par les lumières que peuvent apporter les sciences humaines et historiques, la patrologie.
  6. de ne jamais oublier que la confession de foi en Jésus ressuscité est le ferment de toute la littérature patristique. L’on ne peut, sous peine d’incompréhension ou de compréhension fausse, faire abstraction de cette foi lorsque l’on étudie les Pères.
  7. de garder à l’esprit, que les Pères ne cherchent pas d’abord à élaborer de brillantes constructions théologiques, mais à retransmettre la foi que les générations chrétiennes successives ont reçue des apôtres. Ils ne cherchent pas à imposer leurs opinions personnelles mais à expliciter la foi de l’Église.
  8. de ne pas instrumentaliser les Pères. Ils ne nous ont pas légué un arsenal théologique, mais une foi, une manière de faire de la théologie, qu’il nous faut solliciter comme une instance critique dans l’élaboration de notre propre réflexion théologique et qui peut nous aider à mettre à jour des présupposés dont nous n’avons pas nécessairement conscience.
  9. de lire et de relire sans cesse l’Écriture que les Pères ont lue et relue à la lumière de la résurrection du Jésus. C’est en elle qu’ils ont rencontré et contemplé le Christ.
  10. de se souvenir de ce que les Pères de l’Église sont des pasteurs très attentifs à leur peuple.

Les Pères ne sont pas des théoriciens de la foi, des penseurs qui cherchent à échafauder un système théologique. Ce sont des théologiens qui cherchent à rendre compte du salut qui les affecte en Jésus-Christ. Leur parole est nourrie de cette expérience de libération. Ils cherchent à retraduire cette dernière à partir des Écritures et de la réalité culturelle qui est la leur. À la suite des Apôtres, ils écrivent les premières lignes du grand livre de la théologie chrétienne. Ils ont toute latitude pour forger les mots qui rediront le mystère de la foi. Rien ne les contraints, si ce n’est la réalité du salut en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour que les hommes aient la vie en abondance. Ils sont les premiers à traiter de questions proprement chrétiennes : le Fils et le Père sont-ils deux dieux ? Qu’est-ce à dire que le Père est plus grand que le Fils ? Comment préserver la majesté de Dieu ? Comment le Fils peut-il être à la fois Dieu et Homme ? L’Esprit Saint est-il Dieu ? Etc… Ces questions sont encore les nôtres. Peut-être les Pères nous aideront-ils à forger nos propres réponses, des réponses conforment à l’Évangile. Cliquez pour télécharger le cours complet.