Mardi 3 juin 2008 — Dernier ajout vendredi 9 avril 2010

Grégoire de Nysse : Réfutation de la profession de foi d’Eunome

Vous trouverez ici une version bilingue de la Réfutation de la profession de foi d’Eunome par Grégoire de Nysse.

La polémique avec Eunome a amené Grégoire de Nysse à une œuvre considérable. Elle se déploie en quatre titres : les Contre Eunome I (CE I), II (CE II), III (CE III) et la Réfutation de la profession de foi d’Eunome parus entre 380 et 384. Le CE III comporte dix tomes que la tradition manuscrite désigne comme les livres III à XII.

Le CE II est un écrit particulièrement austère. Les éditeurs successifs, sensibles à la difficulté de l’ouvrage et vraisemblablement induits en erreur par les premiers mots du résumé introductif de la Réfutation qui parle d’un kata Eunomiou deuteros logos, intervertirent le CE II et la Réfutation. Ils attribuèrent au CE II le numéro XIIb (voire XIII) et appelèrent la Réfutation livre II. La confusion régnait sur l’ordre de ces répliques apologétiques dont, dans son ensemble, l’authenticité grégorienne est admise. Diekamp avait repéré cette interversion et appelait de ses vœux une nouvelle édition qui respecterait l’ordre original de ce travail gigantesque [1]. Celle-là parût sous la direction de Werner Jaeger dans les Gregorii Nysseni Opera [2].

  • Date et organisation de la Réfutation

La Réfutation a été écrite peu de temps après la profession de foi d’Eunome devant l’empereur Théodose. Elle date donc des années 383/384.

L’écrit comporte 232 paragraphes. Il s’ouvre par une présentation de la foi des chrétiens (§ 1-19). Grégoire s’applique ensuite à contredire de manière linéaire l’exposé eunoméen. La Réfutation reprend de ce fait l’organisation de la profession de foi hérétique. La première partie réfute les thèses eunoméennes sur le Dieu un (§ 20 - 72) ; la deuxième dénonce la doctrine d’Eunome sur le Fils (§ 73 - 181) ; la dernière rejette la compréhension anoméenne de l’Esprit (§ 182 - 232).

  • Résumé de la Réfutation

La foi des chrétiens naît de la personne du Christ qui venu pour que l’homme soit sauvé. Cette foi n’est pas le reflet de conjectures humaines mais don de Dieu. Le baptême au nom du Père et du Fils et de l’Esprit recréé l’humanité à l’image de son créateur. La foi proclame un Dieu unique car la nature divine est une. Elle distingue cependant le Père, le Fils et l’Esprit car l’affirmation de la paternité de Dieu implique aussitôt, en raison de l’immuabilité divine, la divinité du Fils et celle de l’Esprit. La différence entre les personnes divines n’est pas la conséquence d’une différence de nature mais le reflet de la spécificité des personnes : nous savons que le Fils n’est pas le Père, et que l’Esprit n’est ni le Père ni le Fils. La divinité transcende toute désignation. Il n’est pas utile de connaître son essence puisque la foi dans le Père, le Fils et l’Esprit suffit à notre salut. Le Fils par sa passion et sa résurrection a ouvert aux hommes les portes du salut.

Eunome confesse le Dieu « un et seul vrai ». Cette profession de foi rompt avec la tradition de l’Église qui baptise au nom du Père et du Fils et de l’Esprit. Elle ne correspond pas non plus à l’Évangile qui applique les termes de cette locution à la fois au Père et au Fils. Le but inavoué d’Eunome est d’opposer le Père et le Fils afin de ramener le second, et dans son sillage l’Esprit Saint, au rang des créatures.

Eunome prétend que l’engendrement du Fils est incompatible avec la divinité du Père car il suppose que l’incarnation entraîne une diminution de la puissance de Dieu. Mais le Fils n’est pas extérieur au Père, il est dans le sein du Père, il est son alter ego sans être le Père et le Père le manifeste tout entier sans être le Fils. Le Fils n’est donc pas une créature intermédiaire entre la divinité et les autres créatures mais il est Dieu. La divinité du Fils s’impose d’ailleurs d’elle-même car sans elle Eunome devient idolâtre puisqu’il adore une créature.

Eunome s’appuie sur la titulature du Fils, Premier-né et Monogène, pour semer le trouble dans l’esprit des gens et les faire douter de la divinité de celui-ci. Mais ces deux titres n’admettent qu’une contradiction de surface. Il convient en effet d’appliquer le premier à celui qui est venu dans la chair tandis que le second vise celui qui existe avant les siècles. Eunome oublie aussi que la génération ne peut s’appliquer que de manière analogique au Fils. L’insistance d’Eunome sur l’engendrement du Fils n’a d’autre but que d’assimiler le Rejeton à la créature et ainsi de l’éloigner de Dieu qui par définition serait inengendré. Mais le Fils possède pleinement la gloire du Père. Il exerce avec l’Esprit la toute-puissance divine. La soumission du Fils ne doit donc pas être liée à la nécessité mais à la pleine liberté du Fils qui s’est fait obéissant par amour des hommes.

Eunome ne parvient à établir un semblant de dissemblance entre le Père et le Fils qu’en ignorant le sens habituel de ces appellations et en les remplaçant par les termes engendré et inengendré. Le Fils devient de la sorte le produit de l’énergie (le Père) de l’Inengendré. Cette conception eunoméenne place le Fils dans l’ordre de la création. Il est l’Engendré qui n’aurait assumé, d’après Eunome, qu’une chair sans âme. Mais l’Écriture enseigne que le Seigneur est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Or dans la Genèse ce n’est pas seulement le corps qui a péri. L’âme y connut également la perdition. En s’éloignant de Dieu, elle précéda même le corps dans la mort. L’Évangile montre bien que le Christ guérissait l’homme tout entier. Le Christ a assumé une âme et un corps. Par sa mort et sa résurrection il a réuni le corps et l’âme séparés par la mort afin d’indiquer à l’homme le processus de la résurrection des morts.

Au sujet de l’Esprit, Eunome ne se réfère aux Écritures qu’à la seule fin de ramener celui-ci au rang des créatures. Il choisit de l’appeler Consolateur pour mieux lui refuser le titre de Dieu. Le texte biblique témoigne cependant de la divinité de l’Esprit qui n’est ni subordonné au Père ni une créature du Fils. Les attributs du Père, du Fils et de l’Esprit sont identiques dans les livres saints. L’Esprit est Dieu et la divinité de second rang qu’Eunome lui attribue n’a aucun sens.

  • Traduction

La présente édition reprend, en la modifiant et en la complétant, la traduction de Jan Michael Van Parys, Grégoire de Nysse. Réfutation de la profession de foi d’Eunome. I. Introduction, traduction et index. Thèse. Paris 1968.

  • Téléchargement

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[1« Literargeschichtliches zur Eunomianischen Kontroverse » dans BZ 18 (1909) p. 1-13.

[2Voir W. Jaeger, Contra Eunomium libri I, II, III et Refutatio confessionis Eunomii, in Gregorii Nysseni Opera, t. I et II, Leyde, 1960.